« Certains jeunes vivent une crise identitaire et ça crée des problèmes sociaux, mais comment voulez-vous savoir où vous allez si vous ne savez pas d’où vous venez? », se questionne Mme Faublas qui estime que la connaissance de sa culture d’origine l’a toujours aidée à cheminer dans la vie.
Avec leur premier spectacle, Nü’bien s’est concentré sur la culture haïtienne. Robes colorées et danses traditionnelles sont bannies de Monologue Fanm Fò, qui retrace l’histoire du 15e au 21e siècle sur l’Île, tout en gardant une bonne distance des clichés. La trame se trace au travers de sept femmes marquantes qui montent sur scène à tour de rôle pour établir un dialogue avec les musiciens et les danseurs afin de raconter l’histoire de leur pays, leur participation au cours des évènements et leurs états d’âme.
« L’objectif est de transmettre la culture noire, mais il y a aussi un aspect de lutte à la pauvreté et un travail d’information de la jeunesse, car il y a beaucoup de choses qui se perdent, ajoute-t-elle. L’idée n’est pas d’amener Haïti ici, mais plutôt de favoriser l’intégration des deux cultures. C’est un grave problème chez les jeunes. »
La troupe Nü’bien
Mme Faublas est née au Québec de parents haïtiens. C’est en vivant avec ses grands-parents sur la perle des Antilles pendant quatre années de son enfance qu’elle a pris contact avec sa culture d’origine. Cette relation avec son pays a « nourri mon amour de mon héritage culturel », explique-t-elle. Alors qu’elle s’occupait des louanges dans une église chrétienne de Montréal-Nord en 2011, Mme Faublas a pris conscience de la nécessité de présenter la culture afro-caraïbéenne francophone sur scène pour ceux qui ont été déracinés trop jeunes. « Nous chantions à longueur de semaine, mais nous avions une volonté d’ajouter un volet culturel et de monter une pièce de théâtre », raconte-t-elle. En mars de la même année, la troupe improvisée avait présenté un premier spectacle très apprécié du public, estime Mme Faublas. Mais 2011 était une grosse année pour la fondatrice de la troupe qui donna aussi naissance à une fillette, lui laissant peu de temps pour poursuivre ses activités théâtrales. Après l’avoir mis sur la glace pendant deux ans, Mme Faublas a finalement décidé d’inscrire son projet au concours « La passion d’entreprendre ». L’enthousiasme du conseiller du Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé qui l’a aidée à préparer ses documents de présentation avait ravi Mme Faublas. Quelques mois plus tard, elle remportait d’ailleurs le concours. Au fil du temps, la troupe qui compte maintenant 30 artistes a pris ses distances de l’église pour devenir une véritable troupe dédiée à la culture afro-caraïbéenne. Elle s’adresse non seulement aux gens de la communauté, mais aussi aux gens curieux de découvrir cette culture. Lors du dernier spectacle de la troupe, le tiers de l’assistance était d’ailleurs composé de « Québécois de souche », assure Mme Faublas. La fondatrice veut aller plus loin : elle voudrait se produire à la Place des Arts et que ses artistes puissent vivre de leur art. « J’ai toujours vu grand et jusqu’à maintenant, ça ne m’a jamais fait défaut », fait-elle valoir. Même si la troupe atteint les sommets, l’organisme tient à prendre racine à Montréal-Nord.
Spectacles
Le spectacle Monologue Fanm Fò a été présenté en février devant la salle comble du Cabaret Latulipe. Le prochain spectacle devrait avoir lieu en octobre, mais la date et le lieu reste à déterminer.