C’est entre autres ce qu’a raconté Monica Ricourt, première élue d’origine haïtienne de Montréal-Nord, lors d’une allocution faite dans le cadre du Mois de l’histoire des noirs. Elle a expliqué qu’on a commencé par lui demander de parler de son parcours personnel et qu’elle n’était pas très à l’aise avec l’idée. « Ce n’était que le parcours d’une seule personne, avec ses hauts et ses bas, des rêves et des déceptions, et je ne voyais pas trop le lien avec le Mois de l’histoire des noirs », a-t-elle d’abord dit.
Ce ne sont pas tant les faits qui m’intéressent dans le cadre de cette conférence et de ce mois de célébration, a continué Mme Ricourt, « mais surtout l’histoire que les faits que l’histoire entraine ». L’histoire des noirs, elle est triste et à la fois inspirante, a-t-elle poursuivi. Mais elle est aussi méconnue. Un peu comme la sienne, qu’elle a évoquée avant de survoler aussi l’histoire des Afro-Caribéens, surtout ceux qui sont venus s’implanter au Québec.
Dans son cas, on parle d’une enfant née à Montréal-Nord et qui a ensuite passé cinq ans, entre l’âge de trois et de huit ans, dans le pays d’origine de ses parents, avant de revenir ici pour commencer l’école. En Haïti, on l’appelait la Canadienne. Revenue ici, on lui disait de retourner dans son pays. Et on l’a traitée de négresse. « Ça a été un choc total, parce que pour moi, mon pays c’était le Canada, Haïti celui de mes parents. Il y avait quelque chose qui ne marchait pas », a expliqué Mme Ricourt.
Revenue en pleurs de l’école, sa mère a tenté de la convaincre de ne pas se laisser atteindre. De faire preuve de résilience. La jeune élève, après un moment, a décidé de s’affirmer et d’expliquer à ses « petits amis » que ce genre de commentaires ne passaient pas. À partir de ce moment, les problèmes à l’école, revenir en pleurs à la maison, ça a arrêté, assure celle pour qui une quête identitaire a alors débuté. Était-elle Haïtienne, Canadienne, Québécoise? « Tout ça à la fois » répond-elle aujourd’hui.
La grande histoire d’un peuple malmené
Pour le reste de son allocution, Monica Ricourt s’est attardée à rappeler l’histoire de la présence des noirs au Canada et au Québec. En débutant par Mathieu Da Costa, premier noir du Canada, arrivé avec des explorateurs en 1604 puis en continuant avec les premiers esclaves canadiens, en 1628, Olivier Lejeune étant le premier dont les historiens font état. En quelques décennies, on en comptera des milliers.
Pour ce qui est des Haïtiens, le premier serait arrivé au Québec aurait mis les pieds à Montréal en 1816. C’est en 1820 que la ville de Québec suivra. Mais la vraie vague d’implantation débute dans les années 1960, alors qu’on en compte environ 200 dans la province. Aujourd’hui, ils seraient 135 000 mais ça reste difficile à chiffrer, car ceux de deuxième et de troisième génération ne se considèrent toujours pas forcément comme des Haïtiens, a souligné la conseillère.
Pour terminer, Mme Ricourt a tenu à présenter des Haïtiens d’origine qui ont participé à forger le Québec d’aujourd’hui dans des domaines tels que l’architecture, les arts, les affaires et l’éducation, soulignant au passage les réalisations de résidents de Montréal-Nord. Elle a aussi, humblement, souligné que le fait d’être la première élue municipale d’origine haïtienne de Montréal-Nord représente pour elle une grande fierté.