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Montréal-Nord

Montréal-Nord en 1957

Le Dr Réal Major raconte: son beau-frère, le Dr Armand Pelletier, anciennement domicilié au 4860 boul. Gouin Est, près de la rue l’Archevêque, dentiste pendant plus de 40 ans à Montréal-Nord, lui a téléphoné à l’automne de l’année 1957 pour l’inviter à remplacer, pendant trois semaines, le Dr Paul Lizotte. Il accepta. Il  venait d’obtenir son doctorat en  médecine.

Une chronique de Roger Lagacé, collaborateur citoyen
Déjà le Dr Major connaissait vaguement cette partie de la ville, sise au nord de la ville de Montréal, grâce à l’un de ses amis d’enfance. Le père de son ami, qui était ouvrier, avait bâti sa maison de ses mains, de peine et de misère. Dans ce temps-là, l’argent était aussi rare que la bave de pape. Sa mère, une sainte mère, d’un humour parfois sarcastique, disait haut et fort que cette construction avait été bâtie avec tous les objets de la sacristie, tant son mari blasphémait. Que voulez-vous! La misère se libérait dans l’expression des mots sacrés. Naturellement, ce n’était pas l’explication que donnerait un confesseur du temps.

Le Dr Major quitta son domicile, coin de la rue Beaubien et 40e avenue, à Rosemont, et il s’est rendu chez le Dr Paul Lizotte, domicilié rue Saint-Vital, à deux pas de l’église. C’était une « bonne trotte ». Bien assis dans une Ford neuve, il dévora la route à bonne vitesse, sous la protection d’une plaque immatriculée MD. Dans ce temps-là, le prix de l’essence était de 26 cents, le gallon anglais (5 litres). Durant le trajet, dans la ville de Montréal-Nord, le Dr Major remarqua que plusieurs rues portaient le nom de capitales européennes, telles que Rome, Paris, Londres, et autres.

Arrivé devant la résidence et le bureau du Dr Paul Lizotte, le Dr Major fut éberlué de voir cette magnifique demeure dont l’arrière regardait un superbe terrain de tennis. La rencontre avec le Dr Lizotte eut lieu dans u n grand bureau garni de tout le matériel nécessaire au travail  médical.

Le Dr Paul Lizotte était de petite taille et rondelet. La conversation porta sur les études du Dr Major, son expérience et surtout sur son habileté à la salle d’accouchement. Cependant, son expérience obstétricale était très limitée. Le premier jour de remplacement venu, en se dirigeant vers le bureau de consultation, le Dr Major fut plutôt estomaqué, par la foule nombreuse présente dans la salle d’attente, dans le corridor, dans les marches d’escalier et même jusqu’à la porte d’entrée. Les consultations se terminèrent à une heure tardive du soir et alors qu’il s’apprêtait à partir chez lui, la secrétaire lui remit une liste de vingt visites à domicile et un avis l’avertissant de se tenir en alerte à cause de deux accouchements en marche à l’hôpital Sainte-Jeanne-d’Arc. En arrivant à son domicile le lendemain matin, il plongea dans un  sommeil profond, oubliant même qu’il était un nouveau marié, hélas, un nouveau mari crevé!

Ce rythme infernal durait quatre jours par semaine, sans compter les autres jours où il parcourait de long en large toute la ville et les régions environnantes pour soigner les malades à domicile et accoucher les parturientes dans divers hôpitaux. Au bout de trois semaines, «j’avais l’impression d’avoir pris en charge chaque citoyen et tous les troubles physiques e toutes les détresses de Montréal-Nord» de dire le Dr Réal Major. En ce laps de temps plutôt court, il a reçu plus de confidences que les confesseurs, avec la différence que personne ne partait sans absolution, même si plusieurs quittaient sans avoir la contrition parfaite. En quelques semaines, le bon docteur qui n’avait qu’un savoir médical théorique est devenu un vétéran du savoir pratique. Les nombreux accouchements à domicile, souvent dans des conditions pénibles, ont marqué l’imaginaire du dévoué docteur. Heureusement, il a pu compter sur le dévouement héroïque des infirmières, gardes Choquette, Désautels et Jolivet, dans la préparation, l’aide compétente et le suivi de l’acte obstétrical.

«Le besoin tant médical qu’une oreille attentive aux soucis et au désarroi de la population souffrante, souvent en indigence matérielle, psychologique ou religieuse, a façonné tout l’avenir et l’orientation de ma profession. Par cette expérience dans le concret des problèmes humains, dans la réalité crue, j’ai subi une cure de maturation qui a imprégné toute ma vie», de conclure le docteur Réal Major.

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