«Je suis très contente d’illustrer avril. C’est un bon mois puisque c’est le mois de la naissance de mon fils et d’autres événements personnels» raconte avec enthousiasme Katleen Félix.
«C’est la table de concertation du Mois de l’Histoire des Noirs qui a décidé de mettre en nomination une douzaine de personnalités de la communauté. En ce qui me concerne, je travaille surtout en développement économique et comment celui-ci peut se mettre en place selon les besoins de nos communautés ici, en Haïti, ou ailleurs.»
La Fondation Kanpe qu’elle dirige participe à cet événement qui coordonne pas moins de 800 activités partout au Québec. «Nous organisons un carnaval bénéfice haïtien le samedi 23 février au Centre Phi, 407 rue Saint-Pierre à Montréal, avec le groupe Arcade Fire, Léa Gordon, Doodi & Komi, etc.; une expo de photos du carnaval de Jacmel prolongera notre événement au Centre Phi», rappelle Katleen.
«Notre carnaval bénéfice propose trois moments forts dont un moment VIP (400 $) le moment dînatoire (175 $) et dès 23h, une soirée de Dj bouclera la nuit avec un accès général à 30$.»
«Auparavant, je travaillais à la Fondation Fonkozé qui faisait du micro-crédit, l’organisation la plus large en Haïti, et où j’ai investi dans plus de 80 micro-entreprises. Je siégeais au CA de la Fondation Kanpe quand on m’en a proposé la direction en 2012.»
«Kanpe, qui veut dire debout en haïtien, cible une approche »un village à la fois ». Il est important d’y développer une citoyenneté engagée, l’entreprenariat social, afin de devenir autosuffisant en s’assurant de ne pas creuser le fossé entre les plus riches et les plus pauvres.»
«Pour chaque projet au sein d’une communauté, poursuit Katleen Félix, nous nous donnons 18 mois pour leur apprendre à subvenir à leurs besoins primordiaux tels qu’un potager, quelques animaux de ferme et une petite production qu’ils pourront vendre sur les marchés. On vise d’abord à ce qu’ils subviennent à leur propre alimentation.»
Un modèle intégré d’agriculture
«Nous intervenons à Baille Tourible dans le Plateau central, un département de la région de Thomonde. Ils ont connu des cas de choléra, mais le premier hôpital était à 6h à pied, alors que le choléra vous tue en 3h», raconte Katleen.
«Ils n’avaient pas le temps de se rendre et mourraient sur la route. Nous avons donc participé à l’ouverture d’une clinique désaffectée du CECI pour enrayer la maladie avant d’identifier les plus pauvres, soit près de 350 familles !»
«La fondation Kanpe propose un modèle intégré d’agriculture, comme le reboisement que l’on fait avec des arbres permettant des profits comme des arbres fruitiers par exemple. Puis nous conseillons les gens sur les meilleurs choix en termes de développement durable.»
Et Katleen raconte l’histoire de ce boulanger fier de son four à bois bâti de ces mains mais qui grugeait peu à peu le bois utile de sa communauté. «On l’a aidé à opter pour le gaz en transformant son installation. Nous pensons que les gens que nous aidons peuvent et doivent être des agents de développement, qu’ils peuvent devenir autosuffisants, et pour cela les haïtiens sont très travaillants.»
Katleen Félix est née à Montréal. «J’ai grandi à Brossard; mes parents ont émigré d’Haïti à la fin des années 60. J’ai étudié les sciences de la santé au cégep Maisonneuve où j’étais responsable de la coopérative pendant deux ans. Cette mission a stimulé mon intérêt pour les affaires et le développement, un parcours que j’ai poursuivi par mon cursus à HEC au grand étonnement de mon père où il était professeur de comptabilité et de gestion.»
«Je savais que j’allais faire des chèques !»
«Très impliqué dans la diaspora, il m’a traîné dans de nombreux meeting parce que c’était important de comprendre comment la communauté s’y développait. À l’époque, je n’ai jamais pensé que je travaillerai dans ce domaine, mais je savais que j’allais faire des chèques et contribuer !»
«J’étais une fille de finances. Avec un bac en marketing, j’ai travaillé chez CGI, à Wall Street, puis je suis revenue il y a une douzaine d’années m’installer à Outremont où grandissent désormais mes deux enfants, Xavier, 11 ans et Justin 10 ans.»
«Pour me détendre ? Le ski à Jay Peak; j’adore le golf, le billard… et la cuisine entre copines!», s’amuse Katleen qui conclut: «Si j’avais un rêve, ce serait de voir de mon vivant la Fondation Kanpe quitter un de nos villages parce qu’il serait devenu totalement autonome…»