En s’insinuant dans les poésies de Robert Desnos, Jacques Prévert et Boris Vian, le comédien et acteur français, Jean-Louis Trintignant, tranquillement nous convie à un voyage au cœur de l’imaginaire, de la beauté, et de l’amitié si chère à ces trois poètes.
Poètes libertaires ? Peut-être ? Libres conviendrait mieux. Desnos, Prévert, et Vian, chacun à leur façon ont chanté, célébré, et apprécié la vie dans ce qu’elle avait de grandiose mais aussi d’absurde et de fragile. Tous trois ont souligné aussi la bêtise humaine et partageaient la même défiance face à l’ordre, aux ordres.
Ils étaient résolument engagés du côté des fleurs, des lunes (une seule n’étant pas suffisante), et de la tendresse, face à un monde qu’ils percevaient, déjà à l’époque, comme aveuglé par matérialisme, l’individualisme et la bêtise.
Que ce soit dans la célébration des enfants, des femmes et des vieux, ils ne voulaient pas « crever » sans avoir « vécus » jusqu’au bout, pleinement, sans même avoir « goûter à la mort » pour reprendre les mots de Vian.
Jean-Louis Trintignant accompagné de deux musiciens ajoute sa propre poésie à la musique des poètes de par sa voix chaude, envoutante, et prégnante. La magie opère alors, et même des textes aussi connus que Le Déserteur ou encore Rappelle-toi Barbara retrouvent dans la bouche du comédien des couleurs et des parfums nouveaux qui s’ajoutent à ceux que nous partageons tous.
Pas d’effets, pas de grands déploiements dramatiques, ni d’humilité mais le plaisir d’un homme au service de son art pour en distiller les nuances, les fragilités et les fissures. Un plaisir qui s’insinue jusque dans les travées de la salle.
Prévert écrivait : « Mes yeux sont des mains qui te caressent », Jean-Louis Trintignant nous a caressé de sa voix, parfois pincé gentiment, et surtout réchauffé. Tout comme l’accordéon de Grégoire Korniluk et le violoncelle Gabor Rassov qui prolongent comme des respirations les poèmes.
Le Festival international de littérature, qui fête son 18e anniversaire cette année, réserve toujours de précieuses surprises pour les amoureux des mots, pour les mordus du texte, en espérant que cette douce folie soit contagieuse.
Denis-Daniel Boullé