L’ouvrage intitulé Il était une fois… les Dames de cœur : guide d’accompagnement en intervention et animation féministe en santé mentale propose une approche féministe de la psychologie, c’est-à-dire qu’il aborde la question de « manière globale », soutient Geneviève Boily, de l’organisme.
« On n’appose pas d’étiquettes. Elles ne sont pas uniquement bipolaires, schizophrènes ou dépressives. Nos participantes sont des femmes avant tout, qui ont des besoins et des rêves. Le défi n’est pas de s’arrêter qu’au problème de santé mentale qu’elles vivent à ce moment de leur vie.
« On part de ce qu’elles sont; c’est ça la grosse différence. Elles sont les actrices de leur propre vie et ce sont elles les mieux placées pour savoir comment elles se sentent et comment elles vivent ça. On travaille à partir de ce qu’elles vont nous dire, sur leur vie en général, et non seulement leur maladie », explique-t-elle.
N’étant pas des psychologues ou des psychiatres – et par le fait même, ne pouvant pas émettre de diagnostic formel –, les intervenantes des Dames de cœur misent plutôt sur la confiance.
« On ne se dit pas spécialistes; on propose une approche alternative pour répondre au manque de ressources en santé mentale.
« Plusieurs femmes nous ont dit s’être senties véritablement comprises et entendues, pour la première fois. Quand elles nous disent que leur médication est trop forte ou qu’elles ne se sentent pas bien, on les croit. On essaie de faire éclater le cadre normal de la psychologie pour que la femme ait plus de pouvoir sur sa vie », explique Mme Boily.
Cette méthode semble trouver écho au sein de la gent féminine. Cette année, le groupe a accueilli 16 participantes. Du jamais vu, selon Mme Boily.
« Habituellement, on compte en moyenne entre huit et 12 femmes.
« Une des difficultés, c’est qu’en raison du manque de ressources, elles viennent chercher de l’aide chez nous. On les accueille à bras ouverts, mais je crois qu’il y a une nécessité que le gouvernement réinjecte de l’argent et remette la santé mentale à l’ordre du jour », insiste l’intervenante.
Un guide pour accompagner les accompagnateurs
L’expertise des Dames de cœur a été consignée dans un ouvrage qui s’adresse principalement aux organismes communautaires.
« Ç’a été très bien reçu. Une centaine de livres ont trouvé preneur depuis le lancement, en novembre dernier. Il y avait un besoin criant », estime Mme Boily.
Elle espère par cet aide-mémoire, réussir à faire bouger le milieu de l’intervention en santé mentale, pour qu’il adopte une approche alternative, plus flexible. Le fait d’être récompensé par l’AGIDD-SMQ est un pas dans la bonne direction, croit la responsable.
« On est super heureuses d’avoir remporté le prix Orange, étant donné que celui-ci est habituellement remis à des organismes en santé mentale. En tant que centre de femmes, on ne baigne pas forcément dans ce milieu-là. Nous sommes excessivement fières », conclut-elle.
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Les prix Orange et Citron de l’AGIDD-SMQ
Voici la liste des organismes en nominations pour les prix Orange et Citron de l’AGIDD-SMQ, qui souligne les bons et les mauvais coups en santé mentale.
Nominations au prix Orange 2014 :
• Jean-Claude St-Onge, auteur de « Tous fous? L’influence de l’industrie pharmaceutique sur la psychiatrie »
• L’Écho des femmes de La Petite Patrie, auteur de «Il était une fois… les Dames de cœur», guide d’accompagnement en intervention et animation féministe en santé mentale. (Récipiendaire du prix Orange 2014)
• Handicap-Vie-Dignité, Michel Allard et le Cabinet Ménard, Martin, dans la foulée du recours collectif autorisé en 1999 et de l’entente conclue en 2013 avec la Résidence Saint-Charles-Borromée.
Nominations au prix Citron 2014 :
• Le Centre de santé et de services sociaux de Gatineau, pour le recours à des pratiques qui n’étaient pas considérées comme des mesures de contrôle alors qu’elles auraient dû l’être.
• Le syndic du Collège des médecins, pour sa complaisance envers des médecins fautifs. (Récipiendaire du prix Citron 2014)
• L’Institut universitaire en santé mentale de Québec (Hôpital Robert-Giffard), pour l’utilisation abusive de mesures de contrôle.