QUÉBEC — Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes Jean-Marc Fournier a déclaré qu’Ottawa nuirait aux intérêts d’Hydro-Québec en augmentant son aide financière au projet de Muskrat Falls, au Labrador.

Le gouvernement fédéral a confirmé mardi avoir reçu une demande du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador afin d’étendre une garantie de prêt accordée précédemment au projet de construction, dont les coûts ont augmenté.

En 2013, le gouvernement québécois avait déjà dénoncé la décision d’Ottawa d’offrir une somme de 6,3 milliards $ pour améliorer la capacité d’emprunt de la société Nalcor, responsable du projet hydroélectrique.

Les coûts de construction de la centrale hydroélectrique, estimés au départ à 7,4 milliards $, sont passés à plus de 11 milliards $.

Mercredi, à l’Assemblée nationale, M. Fournier a affirmé que toute hausse du soutien financier d’Ottawa contribuerait à accroître la concurrence déloyale envers Hydro-Québec, qui n’a reçu aucune aide fédérale pour ses infrastructures.

Le projet de Muskrat Falls, une initiative de la société d’État terre-neuvienne Nalcor Energy et de l’entreprise néo-écossaise Emera, prévoit la construction d’une centrale ainsi que de lignes de transport qui permettront d’acheminer la production électrique jusqu’en Nouvelle-Écosse.

Dans un point de presse, avant la période des questions, M. Fournier a répété que Québec demeurera opposé.

«On l’a déjà dit et on le répète, il ne doit pas y avoir de concurrence déloyale, a-t-il dit. Tout financement, peu importe ce qui est imaginé, doit se faire dans un contexte loyal. Nous avons au Québec financé nous-mêmes nos infrastructures.»

Nalcor est responsable de la construction du barrage et de la centrale sur le fleuve Churchill, ainsi que d’une ligne de transport jusque sur l’île de Terre-Neuve, le tout au coût de 6,2 milliards $.

Emera doit construire ensuite une ligne de transport sous-marine de 180 km, afin de relier la Nouvelle-Écosse, au coût de 1,2 milliard $.

M. Fournier a insisté mercredi sur la nécessité d’éviter toute «judiciarisation du passé» dans la relation Québec-Terre-Neuve afin de développer une approche favorable aux deux provinces.

«La première entente qu’il faut convenir c’est de s’asseoir à la même table pour voir comment, à l’avenir, ça pourrait être gagnant-gagnant», a-t-il dit.

Terre-Neuve a récemment décidé de s’adresser à la Cour suprême dans un ultime recours pour contester un contrat d’approvisionnement conclu par Hydro-Québec en 1969 avec l’entreprise qui exploite la centrale de Churchill Falls au Labrador, malgré des échecs devant des tribunaux inférieurs.

Le chef péquiste Jean-François Lisée a rappelé que le gouvernement québécois a assumé seul tous les risques de son développement hydroélectrique.

«Si j’étais premier ministre, si j’avais un appel du premier ministre de Terre-Neuve, je dirais: ‘on va s’asseoir, on va voir ce qu’on peut faire’», a-t-il dit dans un échange avec la presse parlementaire.

Au cours des derniers jours, le chantier de Muskrat Falls a été perturbé par l’arrivée de manifestants autochtones qui ont occupé les lieux afin de protester contre les risques de contamination liés à la création d’un réservoir pour le barrage de la centrale.

Mercredi, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a conclu une entente pour créer un comité qui devra trouver des moyens de réduire la contamination.

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