OTTAWA — Des données fédérales publiées discrètement avant les Fêtes brossent un portrait plutôt sombre de l’avenir des finances publiques au Canada, avec en toile de fond des décennies de déficits budgétaires annuels.

Le rapport, publié sur le site du ministère des Finances deux jours avant Noël, prédit que si les politiques du gouvernement fédéral ne changent pas, le Canada pourrait afficher des déficits annuels pendant encore au moins 35 ans, jusqu’en 2050-2051.

Si ce scénario devait se concrétiser, le rapport prévoit que la dette du gouvernement fédéral pourrait doubler d’ici 2050-2051 et dépasser les 1500 milliards $.

À long terme, la trajectoire fiscale du pays est radicalement différente du portrait présenté dans un rapport publié en novembre 2014 par l’ancien gouvernement conservateur. Ces projections avaient été dévoilées alors que les prix du pétrole commençaient tout juste leur chute fulgurante.

Les auteurs du rapport préviennent toutefois que ces projections ne sont pas destinées à représenter une base de référence plausible, et ne constituent pas à proprement parler des prévisions économiques, puisque toute estimation à long terme est par essence incertaine.

«Elles (les projections) visent à fournir une analyse globale de la situation fiscale du gouvernement, pour permettre à celui-ci de répondre plus efficacement aux défis à venir et de protéger la pérennité à long terme des finances publiques», est-il écrit dans le document daté du mois de décembre.

Cette prédiction est notamment attribuable au départ graduel à la retraite des «baby-boomers», phénomène qui pose un défi majeur pour l’économie canadienne, selon le rapport.

Ce «tournant démographique» se traduira par une baisse de la main-d’oeuvre active, par une érosion de la productivité et par une hausse des dépenses publiques telles que les prestations aux aînés.

Plus de personnes âgées que d’enfants

Pour la première fois dans l’histoire du pays, il y a davantage de gens âgés de 65 ans et plus que d’enfants âgés de 15 ans et moins, souligne-t-on dans le document, qui rappelle une fois de plus que le portrait pourrait changer positivement ou négativement selon la conjoncture.

Par exemple, le document estime que les politiques susceptibles de soutenir la productivité et la participation au marché du travail au cours des décennies à venir pourraient être responsables d’une hausse pouvant atteindre 22 pour cent de la croissance économique d’ici 2055, et ainsi améliorer le tableau général des finances publiques.

Le rapport prédit que le gouvernement fédéral enregistrera des déficits de 25 milliards $ en 2025-2026, de 36,4 milliards $ en 2030-2031, de 38,8 milliards $ en 2035-2036, de 33,9 milliards $ en 2040-2041, de 21,6 milliards $ en 2045-2046, puis de 2,2 milliards $ en 2050-2051.

Selon ces projections, Ottawa produira un surplus budgétaire de 26,5 milliards $ en 2055-2056.

Les projections de 2014 étaient beaucoup plus optimistes. Le gouvernement devait enregistrer des surplus annuels jusqu’en 2050-2051, année durant laquelle le gouvernement enregistrerait un excédent de 220,4 milliards $. La «dette fédérale» devait quant à elle se chiffrer à 1700 milliards $.

Les libéraux de Justin Trudeau ont remporté les élections de 2015 en promettant d’enregistrer de modestes déficits dans leurs premières années au pouvoir afin d’investir des milliards de dollars dans les infrastructures pour relancer la croissance économique. Ils souhaitaient ainsi équilibrer le budget d’ici 2019-2020.

En arrivant au pouvoir, le gouvernement libéral a abandonné cet objectif alors que l’économie a continué à encaisser les effets négatifs de la chute des prix de pétrole. Il s’est plutôt engagé à diminuer le ratio de la dette par rapport au produit intérieur brut (PIB) — une mesure pour calculer le fardeau de la dette publique — d’ici cinq ans.

En novembre, dans sa mise à jour économique, le ministre des Finances Bill Morneau a prédit un déficit de 25,1 milliards $ cette année. Les déficits annuels devraient ensuite décroître dans les prochaines années, pour atteindre 14,6 milliards en 2021-2022.

La publicité soudaine autour de ces projections a soulevé la colère des conservateurs, jeudi.

«En 2015, (le premier ministre) Justin Trudeau a fait campagne en promettant de la transparence, de l’ouverture et avec l’engagement d’arriver à un surplus en 2019. Maintenant, après un peu plus d’un an avec Justin Trudeau, les Canadiens voient des déficits aussi loin qu’ils peuvent voir», a déploré le porte-parole conservateur en matière de finances, Gérard Deltell.

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