MONTRÉAL — Près d’une centaine de pavillons fin prêts à accueillir les visiteurs, des wagons de transport public à la propreté impeccable et les membres des délégations d’un peu plus de 60 pays et de plusieurs autres territoires retenant leur souffle: il y a près de 50 ans jour pour jour s’ouvrait sur «les îles» de Montréal l’Exposition universelle de 1967, l’Expo 67, pour les intimes.

Le bouillonnement d’un idéalisme bâtisseur est alors palpable, emprunté tantôt aux mots de l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry avec le thème général de l’événement, «Terre des Hommes», tantôt à l’effervescence de la Révolution tranquille. Ou serait-ce plutôt les rêves nationalistes, vivifiés par le «Vive le Québec libre!» lancé depuis le balcon de l’hôtel de ville de Montréal par le général Charles de Gaulle?

Six mois durant, l’universel converge dans la métropole dans une synergie qu’on n’espère pourtant plus jusqu’à avril 1962. Moscou, initialement sélectionnée comme ville hôtesse, se désiste, laissant le champ libre à Montréal et à son coloré maire Jean Drapeau.

Le bilan immédiat, en 1967, dépasse les attentes: 50 millions de visiteurs, si l’on se fie aux estimations, soit 20 millions de plus que l’objectif. Mais, ultimement, qu’est-ce que l’Expo a légué à Montréal ? Tour d’horizon en quatre temps.

Urbanisme

La tenue de l’Exposition universelle à Montréal a fait passer l’essor urbanistique dans la métropole en deuxième vitesse, ce qui alimente la réputation qu’a l’événement, aujourd’hui, de constituer un symbole des idées de grandeur de la période de développement faste des années 1960.

L’agrandissement de l’île Sainte-Hélène et la création, de toutes pièces, de l’île Notre-Dame pour héberger l’Exposition universelle de 1967: voilà les principaux legs de l’événement à Montréal en matière d’aménagement.

«On souhaitait qu’ils réussissent, parce que ce n’était pas évident qu’ils allaient parvenir à remplir autant de surface de territoire. (…) C’était vraiment quelque chose de nouveau et intéressant. Tout le monde était enthousiaste», souligne le professeur émérite en urbanisme Jean-Claude Marsan, de l’Université de Montréal.

Ainsi, d’août 1963 à juin 1964, on rattache les anciennes îles Ronde et Verte à l’île Sainte-Hélène, qui, à terme, aura une superficie atteignant 132 hectares. En tout, 28 millions de tonnes de roc ont été nécessaires pour effectuer les agrandissements de l’île Sainte-Hélène et pour constituer l’île Notre-Dame, selon les chiffres avancés dans le rapport final — daté de 2005 — d’une étude patrimoniale produite pour la Ville de Montréal.

D’abondantes quantités de terre extraites pendant la construction du métro, amorcée en mai 1962, ont été mises à contribution pour cette opération complexe, rappelle le professeur Marsan, qui, en 1965-1966, a travaillé pour le service d’urbanisme de la Ville.

Initialement, le site proposé quand Montréal avait déposé sa candidature pour abriter l’Exposition universelle de 1967 se trouvait sur la Pointe Saint-Charles, mais plusieurs autres possibilités avaient été évoquées, suscitant un réel débat social.

C’est toutefois l’idée que «Montréal, c’est le fleuve» qui l’emporte de fil en aiguille, explique M. Marsan, relevant qu’un consultant d’origine allemande embauché par la Ville de Montréal, Hans Blumenfeld, avait été l’un des premiers à faire valoir qu’il fallait faire bon usage des îles situées près de celle de Montréal.

Ce choix d’emplacement pour le site de l’Expo a ensuite rallié bien des défenseurs, notamment, aux premières loges, le maire Drapeau et le directeur du port de Montréal de l’époque, Guy Beaudet.

Architecture

La Biosphère, le complexe résidentiel Habitat 67, le Casino de Montréal et la Place des Nations constituent les principales pièces architecturales préservées de 1967 après le passage de l’Exposition universelle dans la métropole .

Le dôme de l’ancien pavillon des États-Unis, qui abrite le musée de l’environnement de la Biosphère de Montréal, est sans nul doute l’élément qui capte le plus l’attention. La structure d’acier de 80 mètres de diamètre, conçue initialement par l’illustre architecte américain Richard Buckminster Fuller pour l’Expo 67, constituait déjà, d’avril à octobre 1967, l’un des endroits les plus visités.

Ce dôme dit «géodésique», formé de cylindres disposés en une multitude de triangles, personnifiait les concepts architecturaux de la pureté de la forme et du fonctionnalisme.

«De voir cette boule-là (encore aujourd’hui) en arrivant sur l’île Sainte-Hélène, c’est superbe, même si elle n’a plus son revêtement plastique. (…) On est capable de ressentir ce qu’on ressentait dans le pavillon», estime Roger La Roche, un professeur en environnement à la retraite qui travaillait dans un comptoir-lunch situé tout près, au moment de la foire internationale.

En 1976, le recouvrement d’acrylique originel de l’ancien pavillon américain fond complètement lors d’un important incendie déclenché pendant des travaux de soudure sur la structure.

«La renaissance de ses cendres» du dôme s’en suit et contribue au rayonnement de la Biosphère, soutient M. La Roche. C’est l’évolution du dôme au fil du temps, après l’Expo 67, qui lui confère toute sa magnitude, expose-t-il.

Il faut dire qu’il a fallu attendre jusqu’en 1995 pour que la Biosphère en devenir rouvre ses portes, soit une vingtaine d’années après l’incendie de 1976.

Un autre legs architectural notoire est le complexe d’habitations Habitat 67, conviennent plusieurs observateurs, tant pour la controverse qu’a suscité sa construction que pour sa composition tortueuse que bon nombre qualifient de révolutionnaire.

Cinéma

Montréal est aujourd’hui reconnue comme une plaque tournante pour l’essor de la réalité augmentée dans les secteurs des arts visuels et des jeux vidéo. En 1967, l’Expo a aussi été un laboratoire foisonnant en matière de projections cinématographiques à écrans multiples.

Un tel format innovateur avait été maintes fois employé auparavant, mais la foire internationale de Montréal a permis une quantité étonnante d’avancées, souligne Monika Kin Gagnon, qui codirige le groupe de recherche CINEMAexpo67 et collige des archives en la matière depuis plus de 10 ans.

«Je crois qu’on avait des cinéastes qui avaient énormément d’expérience qui se sont vu donner la possibilité d’avoir de très grands budgets, mais aussi une certaine occasion de donner dans la création et l’expérimentation qui était, je crois, assez extraordinaire, fait valoir Mme Gagnon. Je ne crois pas qu’on a vu ce niveau de soutien financier pour l’expérimentation et la créativité depuis.»

L’une des retombées immédiates des expérimentations rendues possibles survient trois ans après l’Expo: l’inauguration de la technologie des salles de cinéma IMAX avec une première projection à l’Exposition universelle d’Osaka, au Japon. «La Vie polaire», «Labyrinthe» et «A Place to Stand» sont parmi les films canadiens et américains de l’Expo qui ont contribué à cet avancement technologique.

Tourisme événementiel

Le thème général rassembleur de l’Expo 67, «Terre des Hommes», la collaboration entre les acteurs municipaux, provinciaux et fédéraux pour sa préparation et la constante d’immédiateté imposée par l’échéancier de l’événement: tous ces éléments ont contribué à positionner Montréal sur la carte du monde en tant que ville attrayante d’un point de vue touristique et événementiel.

C’est du moins le constat que fait le professeur en études urbaines et touristiques Mohamed Reda Khomsi, de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal.

«(Pour) d’autres projets, les gouvernements vont s’engager, mais il n’y a pas vraiment d’échéancier, (alors) le gouvernement qui va venir par la suite va changer les priorités», explique celui qui a également consacré sa thèse au rôle des grands événements dans le développement touristique des métropoles.

Au niveau du développement du réseau du métro de Montréal, par exemple, le choix de construire l’ancêtre de la ligne jaune — la ligne 4 — plutôt que de privilégier d’autres projets qui étaient dans les cartons est directement attribuable à l’Expo 67, relève-t-il.

Pour la première fois, ajoute-t-il, on a par ailleurs contraint les propriétaires d’hôtels, de motels et de restaurants à afficher leurs tarifs à même leur porte, à une époque où Internet n’existait pas encore.

«Une centrale de réservation dédiée aux touristes» venus de l’étranger avait également été créée, LOGEEXPO, articulée autour d’un seul numéro de téléphone et contact par la poste.

Sur le plan symbolique, Montréal a projeté, avec l’Expo 67, une image d’unité au Canada. Cette perception à l’échelle internationale demeure aujourd’hui, estime Mohamed Reda Khomsi, même s’il ajoute que les spécificités du Québec sont largement connues.

La déclaration «Vive le Québec libre!» lancée par le général Charles de Gaulle durant la tenue de l’Expo, sur le balcon de l’hôtel de ville, n’a pas faussé, sur le long terme, cette image rassembleuse, à en croire le professeur.

«C’est intéressant de voir l’analyse de la presse post-événement (…). L’image qui est restée, c’est vraiment (celle d’)un événement réussi et l’image donnée a été celle d’un grand peuple et d’un pays qui est capable de faire des grande choses», souligne-t-il. La «bisbille» et la «froideur» entre Québec et Ottawa n’ont pas influé la perception qui est restée au fil des années, précise-t-il.

La symbolique a selon lui été d’autant plus forte par le fait que l’esprit de l’Expo 67 a été renouvelé avec une autre exposition, «Terre des Hommes», — qui reprenait le thème général du rendez-vous international original — de 1968 à 1984.

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