Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Bien qu’il n’y ait eu qu’une faible progression du nombre de femmes élues lors des dernières élections municipales, plusieurs d’entre elles ont décroché des postes clés, ce qui permettra d’accroître la visibilité des femmes en politique au cours des quatre prochaines années.

C’est le constat qui a émané d’une table ronde sur la place des femmes en politique municipale organisée mercredi matin à Montréal par l’Union des municipalités du Québec (UMQ), en collaboration avec le magazine Premières en affaires.

Selon des données compilées par le groupe Femmes, politique et démocratie, la proportion de femmes élues à un poste de conseillère municipale a atteint 34,5 pour cent le 5 novembre dernier, ce qui représente une mince progression de 2,5 points depuis les élections municipales de 2013.

Quant à la proportion de femmes mairesses, elle a grimpé à 18,8 pour cent, un léger bond depuis 2013, alors que 17,3 pour cent des mairies québécoises étaient dirigées par des femmes. En somme, le pourcentage de femmes élues sur des conseils municipaux n’a avancé que de 2,4 pour cent depuis les élections de 2013.

Des chiffres décevants, mais qui cachent une réalité beaucoup plus nuancée, croit Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie et ex-présidente de l’UMQ, qui participait à la table ronde animée par Marie Grégoire, aux côtés de Doreen Assad, mairesse de Brossard, et Sylvie Vignet, mairesse de Rivière-du-Loup.

«Maintenant, on a des femmes mairesses dans des villes très populeuses», fait-elle valoir.

On pense bien sûr à Valérie Plante, qui a causé la surprise en remportant la mairie de Montréal, mais aussi à Josée Néron à Saguenay et à Sylvie Parent à Longueuil.

«Elles sont dans des pôles médiatiques, insiste Mme Roy. Donc on va les voir beaucoup, même si le deux pour cent (de hausse de la proportion d’élues féminines) n’est pas si élevé que ça.»

Une vision que partage Marie Grégoire, ex-députée adéquiste qui porte aujourd’hui le chapeau d’éditrice du magazine Premières en affaires, qui consacre un numéro hors série à la présence des femmes sur la scène municipale.

«L’élection du 5 novembre est importante parce qu’il y a de nouveaux modèles avec plus de visibilité qui vont pouvoir, pendant les quatre prochaines années, inspirer des femmes qui se demandent si, peut-être, ça pourrait être une place pour elles», estime-t-elle.

«Ça va donner davantage de visibilité à la prise de position et à la façon de gérer des femmes en politique.»

Pour Pascale Navarro, auteure de l’essai «Les femmes en politique changent-elles le monde?», la place des femmes en politique est aujourd’hui devenue un incontournable du discours politique et médiatique.

«On ne peut plus faire d’élections sans parler de parité, on ne peut plus faire de campagne électorale sans aborder cette question», se réjouit-elle. À un point tel qu’on a l’illusion que la percée de femmes aux dernières élections municipales a été plus importante que le mince deux pour cent récolté, évoque Mme Navarro.

Un style de gestion particulier?

Avec les projecteurs braqués sur elle, plusieurs mairesses auront la lourde tâche de démontrer en quoi une femme gère différemment sa ville d’un homme.

«Si j’ai un conseil à donner à Valérie Plante, c’est « ne changez pas, changez la politique »», lance Suzanne Roy, qui vient de remporter un quatrième mandat à la mairie de Sainte-Julie.

Fini les «boys club» et le leadership plus autoritaire, les citoyens réclament aujourd’hui davantage de proximité avec leurs élus, ce que les femmes leur offrent plus naturellement, croient les mairesses invitées à partager leurs expériences.

Une meilleure écoute, une plus grande accessibilité et une sensibilité aux préoccupations des familles les distinguent, selon elles, de leurs collègues masculins.

Un atout en campagne électorale. «Les gens viennent nous voir plus facilement», souligne Sylvie Vignet.

Oui, les femmes sont jugées plus sévèrement, acquiescent les trois mairesses à l’unisson, mais elles doivent aussi apprendre à se faire plus confiance et à déléguer davantage les responsabilités familiales à leur conjoint.

«Les femmes, on a besoin de trouver cette confiance-là en nous pour mettre notre face sur le poteau, illustre Marie Grégoire. Mais on a besoin aussi d’avoir un climat propice.»

Plusieurs barrières à l’entrée des femmes en politique municipale ont été abolies ces dernières années. Des congés de maternité sont désormais accessibles et le financement politique, davantage axé sur le financement populaire, est moins rébarbatif pour de nombreuses candidates.

La conciliation travail-famille a également fait son chemin. À Sainte-Julie, il n’y a plus de séances publiques pendant la semaine de la relâche, tambourine Mme Roy. Et à Brossard, la mairesse Assad emmène fièrement ses enfants au conseil municipal.

Mais pour qu’une véritable vague rose déferle sur le Québec aux prochaines élections municipales, le gouvernement devra adopter des mesures pour favoriser la présence des femmes. «Il faut créer un environnement pour attirer les femmes», rappelle Mme Assad.

«Les choses changent lentement, convient Marie Grégoire. Si on veut accélérer ce changement-là, il y a clairement des mesures à mettre en place. Est-ce que ce sont des quotas ou est-ce que c’est autre chose? Ensemble, on peut se questionner. Mais il faut que cette responsabilité ne revienne pas uniquement aux femmes.»

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