Josie Desmarais

QUÉBEC — Le premier ministre Philippe Couillard assure que l’entente de principe signée vendredi entre Québec et les médecins spécialistes a été conclue au bénéfice des patients.

Tout indique que les médecins spécialistes y trouveront aussi leur compte, évitant l’application des sanctions prévues à la loi 130.

Le premier ministre se défend bien, cependant, d’avoir cédé au puissant lobby des médecins, qui ont pu engranger ces dernières années des hausses de rémunération substantielles et controversées.

Au contraire, a-t-il plaidé samedi lors d’une mêlée de presse, des gains importants, jamais vus, ont été obtenus par les négociateurs du gouvernement en vue de fournir une garantie d’accès à un médecin spécialiste.

De plus, le cadre financier du gouvernement a été scrupuleusement respecté, a ajouté le premier ministre, après avoir visité le palais du Bonhomme Carnaval, à deux pas de l’Assemblée nationale, et salué les gens venus participer aux activités du Carnaval de Québec.

L’entente, confidentielle, vise à fixer les conditions de pratique et la rémunération des 10 000 membres de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ). Peu de choses ont filtré du contenu de l’entente, qui devra être entérinée par les membres de la fédération avant d’entrer en vigueur.

«On a obtenu (de la part des médecins spécialistes) des choses qu’on n’a jamais eues jusqu’à maintenant», a fait valoir M. Couillard, sans vouloir entrer dans les détails de l’accord.

Pour le gouvernement, la question de l’accessibilité accrue aux spécialistes était centrale. D’ailleurs, «il y a des gains très importants pour les patients en termes d’accessibilité aux services, notamment en imagerie» médicale, qui ont été obtenus, a-t-il indiqué.

Le problème du manque de continuité dans les services offerts, ressenti dans plusieurs régions, devrait aussi se résorber, selon lui, grâce à cette entente.

Sur la question des sommes additionnelles consenties aux médecins spécialistes, M. Couillard n’a pas voulu en dire plus, sauf pour dire que l’entente «respecte entièrement le cadre financier du gouvernement».

En octobre, le gouvernement tenait le même langage en rendant publiques les grandes lignes de l’entente conclue cette fois avec les médecins omnipraticiens.

En moyenne, un médecin spécialiste gagne 420 000 $ au Québec, tandis qu’un médecin de famille recevra 245 000 $.

Les médecins omnipraticiens ont obtenu alors une hausse de leur rémunération de l’ordre de 14,7 pour cent, d’ici 2023, soit une somme de 1,6 milliard $ à se répartir.

Aux yeux des médecins spécialistes, les négociations les concernant devaient surtout servir à leur épargner l’application des lois 20 et 130, ayant pour effet de modifier leur pratique et de réduire leur autonomie professionnelle, un scénario jugé inacceptable.

Vendredi, la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, criait victoire, en affirmant que sa fédération se battait pour revendiquer son droit de négocier ses conditions de pratique. «Nous avons obtenu ce droit», a-t-elle conclu de l’entente.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, menaçait d’appliquer la loi 20, qui prévoit d’importantes pénalités financières, pouvant aller jusqu’à 30 pour cent de la rémunération, si les médecins n’augmentaient pas le nombre de patients à leur charge. Même si les cibles fixées n’ont pas été atteintes, les mesures punitives de la loi sont suspendues pour l’instant.

Le premier ministre Couillard a laissé entendre que les mesures punitives de la loi 130 seraient aussi suspendues. Cette loi donne plus de pouvoir aux directions des hôpitaux pour contrôler l’emploi du temps des spécialistes, augmenter leur productivité et leur présence à l’hôpital, sous peine de sanctions.

M. Couillard refuse d’y voir une concession de la part du gouvernement. «Ce n’est pas des reculs, a-t-il commenté. C’est la même chose qu’avec les omnipraticiens. Il y a eu des gros progrès de faits. En passant, beaucoup de cibles sont près d’être atteintes. Avec les omnipraticiens, on a eu un dialogue pour voir si on pouvait éloigner dans le temps un peu certaines cibles, mais avec un effort continu. On est prêt à avoir la même discussion avec les spécialistes, mais cela, ça se fait en parallèle.»

Le ministre Barrette, qui avait été écarté des négociations en décembre, a refusé une demande d’entrevue.

Entente opaque

La porte-parole péquiste en matière de santé, la députée Diane Lamarre, s’est dite préoccupée, craignant que l’entente ne comporte aucune garantie réelle d’améliorer l’accès à un médecin spécialiste.

«Je crains beaucoup que, encore une fois, on n’ait pas exigé les garanties nécessaires pour que la population reçoive des services essentiels», a-t-elle dit en entrevue téléphonique. Selon elle, la priorité devrait être donnée aux chirurgies reliées au cancer, et cela devrait apparaître dans l’entente.

Elle déplore par ailleurs que le détail de l’entente ne soit pas rendu public et que le processus demeure «complètement fermé, complètement hermétique».

En décembre, le conflit ouvert entre la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, et le ministre Barrette, avait failli tourner à la querelle judiciaire, alors que l’organisme s’apprêtait à déposer une requête en Cour supérieure pour faire valoir ses droits de négocier ses conditions de pratique de la médecine.

Quelques heures à peine avant l’échéance, le premier ministre Philippe Couillard avait dû s’en mêler personnellement, cherchant à calmer le jeu et éviter le recours aux tribunaux, en assurant la FMSQ que le ministre Barrette serait désormais écarté du dossier des négociations, une demande maintes fois formulée par la fédération.

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