Mario Beauregard / Métro Lino Zambito.

MONTRÉAL — L’ancien entrepreneur Lino Zambito, témoin-vedette de la Commission Charbonneau, nie avoir quelconque responsabilité avec les fuites dans les médias liées à l’enquête Mâchurer de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et montre plutôt du doigt la haute direction de l’organisation.

«Moi, je suis convaincu que les fuites viennent possiblement de la haute direction de l’UPAC», a laissé tomber M. Zambito en conférence de presse, dimanche après-midi, à Montréal.

Il réagissait à la publication de documents décaviardés, la semaine dernière, qui l’identifiaient comme suspect dans ces fuites parues dans les médias à propos de l’enquête portant sur le financement politique au Parti libéral du Québec (PLQ). Le député libéral Guy Ouellette, l’ex-policier Richard Despaties et le policier Stéphane Bonhomme sont également dans la mire de l’UPAC.

L’ex-entrepreneur reconnaît avoir dit à des policiers que l’UPAC disposait de preuves suffisantes pour porter des accusations contre l’ex-premier ministre Jean Charest et l’ex-grand argentier du parti, Marc Bibeau, mais il se basait simplement sur ses conversations avec les enquêteurs, a-t-il assuré.

M. Zambito a déclaré n’avoir «jamais, au grand jamais» vu de preuve sur l’enquête Mâchurer — qui selon lui est en ce moment dans une «impasse».

«Je n’ai jamais eu en ma possession de document de Mâchurer. Le seul document que j’ai vu, c’est l’affidavit que moi j’ai signé», a soutenu M. Zambito, qui a défié l’UPAC de trouver une «preuve réelle et non plantée» de son implication dans les fuites.

Enquête indépendante

Selon lui, le gouvernement du Québec doit faire la lumière sur cette affaire en ouvrant une enquête indépendante, suggérant de déléguer le dossier au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

«Il faut arrêter que l’UPAC, que la clique à Lafrenière (Robert, le commissaire) enquête sur les fuites dans les médias. On ne peut pas enquêter sur soi-même», a-t-il lancé.

Lino Zambito, qui avait plaidé coupable à plusieurs accusations de fraude, de complot et de corruption en 2015, a tenté de défendre sa réputation à la conférence de presse, soulignant qu’il n’a aucune tache à son dossier depuis qu’il a purgé sa peine. Il se décrit comme un lanceur d’alerte qui souhaite «assainir les moeurs politiques».

M. Zambito dit ne plus avoir confiance en l’UPAC, et il suggère la démission de la haute direction, dont le commissaire Lafrenière. «Vous avez le commandant et les soldats. Quand les soldats veulent plus combattre pour un commandant, on change le commandant», a-t-il illustré.

«Un moment donné, il faut en venir à l’évidence, je ne comprends pas c’est quoi cet acharnement-là à vouloir le garder là. Sans ça, qu’on fasse une enquête indépendante et puis s’il n’y a rien à faire dans ces fuites-là, qu’on le blanchisse.»

Pour l’instant, M. Zambito a indiqué qu’il ne prévoyait plus collaborer aux enquêtes de l’organisation.

«Ils n’auront plus ma collaboration jusqu’à ce que des changements soient faits à la haute direction de l’UPAC», a-t-il soutenu.

«À partir de maintenant, il y a un ménage qui doit se faire à la haute direction de l’UPAC. L’UPAC ne peut plus fonctionner de même.»

Il a toutefois promis de collaborer avec le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Projet de loi 107

L’ex-entrepreneur a également demandé au gouvernement de modifier «au minimum» le projet de loi 107 pour que le commissaire de l’UPAC soit nommé par les deux tiers des députés l’Assemblée nationale «et non avoir un commissaire qui est nommé par le gouvernement».

Le projet de loi 107 du gouvernement Couillard, qui vise à donner plus de pouvoirs à l’UPAC, doit être soumis au vote final mardi.

Le gouvernement plaide en faveur de son adoption, car il prévoit la formation d’un comité de surveillance pour l’UPAC, dont les membres seraient nommés aux deux tiers par l’Assemblée nationale, et qui ferait rapport régulièrement aux parlementaires.

Jeudi dernier, le Parti québécois a demandé au gouvernement de ralentir le pas sur ce projet de loi. «Prenez un moment pour réfléchir si c’est opportun que le premier projet de loi qui soit adopté en 2018, ce soit le projet de loi 107», avait déclaré le leader parlementaire du PQ, Pascal Bérubé.

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