OTTAWA — Les libéraux fédéraux ont révélé plus de détails au sujet du projet-pilote offert à son équipe de recherche par Christopher Wylie, le spécialiste canadien des données qui se retrouve au coeur d’un scandale mondial concernant l’utilisation des informations personnelles des utilisateurs du réseau Facebook au profit de campagnes politiques.

Christopher Wylie a fait une sortie publique au cours des derniers jours en dénonçant les pratiques d’une entreprise spécialisée dans le profilage des électeurs qui aurait utilisé les données personnelles de 50 millions d’utilisateurs sur Facebook afin d’aider l’équipe de campagne du candidat à la présidence Donald Trump et le camp en faveur du Brexit en Grande-Bretagne.

Lors d’entrevues dans les médias, Christopher Wylie a déclaré qu’il avait non seulement joué un rôle majeur dans le développement de la technique de collecte de données, mais qu’il avait aussi participé à la fondation de la firme en cause, Cambridge Analytica.

Les partis politiques misent fortement sur des données de qualité au sujet de leurs électeurs au moment de fignoler leur plateforme, mais Christopher Wylie reconnaît que la méthode de profilage sur laquelle il a travaillé va trop loin.

Ses dénonciations ont mis sur la défensive les politiciens des deux côtés de l’Atlantique qui sont aux prises avec les inquiétudes croissantes de la population qui craint que les données récoltées sur les réseaux sociaux servent à manipuler les élections.

À la suite des révélations de La Presse canadienne sur les liens contractuels au début de l’année 2016 entre le Parti libéral du Canada et Christopher Wylie, le PLC a dévoilé davantage de détails mercredi concernant la brève collaboration. Le parti soutient qu’«après avoir vu ce qui était offert», il a refusé d’aller de l’avant.

Cet enjeu a aussi été le sujet dominant de la période de questions à la Chambre des communes, alors que les partis d’opposition ont interpellé le gouvernement à répétition sur ses liens avec M. Wylie et sur la protection des renseignements personnels sur Internet.

Le chef conservateur Andrew Scheer a mené la charge en demandant au premier ministre Justin Trudeau d’expliquer le rôle exact joué par M. Wylie au sein du gouvernement libéral.

«Protéger les informations personnelles et privées des Canadiens devrait être la priorité du gouvernement», a lancé Andrew Scheer.

Il a accusé le premier ministre Trudeau de ne pas avoir été honnête envers les Canadiens au sujet des liens entre son parti et le spécialiste des données.

Justin Trudeau a abordé le sujet avec les journalistes à Toronto, il a soutenu que tous les politiciens doivent s’assurer d’utiliser les outils numériques modernes d’une manière responsable et appropriée qui respecte la vie privée des citoyens et qui permet de leur fournir l’information nécessaire pour leur permettre de faire le bon choix dans l’isoloir.

«C’est une chose sur laquelle j’ai justement demandé à notre ministre des Institutions démocratiques de se pencher pour développer des outils dans le but de protéger les Canadiens et notre processus électoral», a commenté M. Trudeau.

Tout juste avant le début de la période de questions, le Parti libéral a publié un communiqué de presse pour donner plus de détails sur ses liens avec son ex-collaborateur.

Selon le communiqué publié par le PLC, la firme de Christopher Wylie appelée Eunoia Technologies a effectué «un travail préliminaire» au coût de 100 000 $. Un contrat conclu «conformément aux règles d’approvisionnement de la Chambre des communes», précise-t-on.

La directrice générale du bureau de recherche du Parti libéral du Canada a décrit les différents mandats prévus au contrat. On parle de sonder l’opinion des Canadiens sur les priorités du gouvernement et les enjeux nationaux, d’identifier des enjeux régionaux et locaux, de «surveiller les performances des députés libéraux dans leurs communications avec leurs électeurs» et de «mettre en place des outils de surveillance des médias sociaux».

Le communiqué de presse du parti libéral assure qu’«à aucun moment» la firme «n’a eu accès aux données du Bureau de recherche libéral».

Bien avant ce bref contrat de service, Christopher Wylie avait travaillé dans le bureau du chef libéral de 2007 à 2009, lorsque le parti a été dirigé par Stéphane Dion et Michael Ignatieff.

Plus tôt cette semaine, La Presse canadienne a discuté avec une connaissance de Christopher Wylie qui a raconté avoir pris quelques verres en sa compagnie à Ottawa en novembre 2015, quelques semaines après l’élection fédérale.

Selon cette connaissance de M. Wylie, il aurait parlé de son projet de marchander sa méthode de collecte de données sur Facebook dans la capitale nationale et auprès du Parti républicain à Washington.

Il lui aurait décrit sa technique d’utiliser un sondage sur Facebook comme porte d’entrée afin de recueillir les données de l’utilisateur. Le duo aurait ensuite débattu des problèmes éthiques de la tactique.

Christopher Wylie n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de La Presse canadienne.

Une enquête officielle a été ouverte par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada afin de déterminer si des Canadiens ont été affectés par un accès non autorisé à leurs informations personnelles.

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