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Prisoners, un exercice de haute voltige

En prévision de la sortie en salle de Prisoners, premier film en anglais de Denis Villeneuve, le cinéaste revient sur son souci d’intégrité à Hollywood, son laboratoire créatif avec Jake Gyllenhaal et l’influence de Michel Brault.

«Mon souhait demeure le même : construire une œuvre cohérente, et non faire des films à tout prix; j’aime trop le cinéma pour ça.» La discussion est à peine entamée avec Denis Villeneuve (Polytechnique, Incendies, Maelström), que le réalisateur souligne déjà cette impulsion à l’état brut qui l’anime, qui le pousse à prendre d’énormes risques au nom du septième art.

Soutenu par une équipe qu’il qualifie de «costaude et de brillante», Villeneuve a relevé haut la main l’énorme défi d’un thriller ambitieux et complexe à Hollywood, tout en demeurant fidèle à sa signature d’auteur. Prisoners, drame psychologique bouleversant qui explore la descente aux enfers de deux familles voisines dont les filles sont portées disparues, révèle un Hugh Jackman au sommet de son art, incarnant un père si furieux que le suspect numéro un de l’enlèvement soit relâché qu’il décide de se faire justice.

Villeneuve, décrit comme «un trésor national» par Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Maria Bello, Terrence Howard et toute l’équipe lors de la première au TIFF, nous a jasé de cette grande œuvre de suspense, qui a de bonnes chances d’être en lice pour de prestigieux prix à l’approche de la saison des galas.

À propos de votre expérience sur Prisoners, vous avez affirmé ne jamais vous être senti comme un bête technicien («director for hire»), comme c’est souvent le cas pour des réalisateurs étrangers tentant leur chance à Hollywood. Comment expliqueriez-vous cela?
Lorsque les producteurs sont venus me chercher, ils m’ont dit avoir adoré Incendies, et vouloir faire un film comme Insomnia, de Christopher Nolan. L’équipe d’Alcon a la réputation d’être «pro-réalisateurs». Je leur ai dit dès le départ que, s’ils se cherchaient un «director for hire», il y en avait de très compétents à Los Angeles. Je devais travailler ma propre sensibilité, c’était non négociable. Ils ont pris un engagement au départ et l’ont tenu jusqu’à la fin. Ils m’ont protégé et j’ai vraiment tripé à travailler avec eux.

Le scénario de Prisoners est d’actualité, il propose un constat assez glauque de la société américaine de l’après-11 septembre. Serait-ce ces multiples couches de lecture qui vous ont d’abord interpellé?
Tout à fait. Il en pleut des thrillers, mais ce qui fait la force de ce drame, c’est le regard tristement juste qu’il pose sur l’Amérique d’aujourd’hui. Cette paranoïa face à l’extérieur, à nos institutions, notre rapport à la violence et à la torture. C’est un sujet contemporain, mais en même temps, l’Amérique a été bâtie sur cette tension entre les individus et les institutions. La première fois qu’on m’a demandé de décrire le film, j’ai répondu que c’était quasiment un western.

Plusieurs reconnaissent dans Prisoners l’influence de certains virtuoses du suspense, tels Clint Eastwood (Mystic River) et David Fincher (Zodiac). Pensiez-vous à ces artisans au moment du tournage?
Au cours de la première rencontre que j’ai eue avec les producteurs, je leur ai dit : «Ce n’est pas moi qui devrais être devant vous, mais bien Clint Eastwood.» C’est un réalisateur que j’admire beaucoup; il a une force dans sa sobriété; son cinéma est d’une très grande profondeur. Mais le cinéaste auquel j’ai le plus pensé en tournant, c’est Michel Brault. Ça ne paraît peut-être pas du tout, mais le cinéma de Brault – sa sobriété, sa puissance d’évocation, la nordicité de sa poésie – m’a toujours profondément touché. Peut-être parce que j’étais en dehors du Québec, j’ai réalisé à quel point la force de Brault m’a aidé à traverser le tournage de Prisoners.

Enemy, l’autre thriller plus impressionniste que vous avez présenté au TIFF, est en dehors de la trajectoire que vous tracez présentement. Mais vous teniez à tout prix à tourner Enemy avant Prisoners afin d’approfondir la direction d’acteurs. Pourquoi éprouviez-vous ce besoin?
J’ai souvent l’impression d’être en train de courir avec les acteurs, de ne jamais avoir le temps de parler cinéma avec eux, de réfléchir sur le jeu et d’établir une complicité avec eux en dehors du plateau, comme avec un directeur photo. J’avais besoin de créer un laboratoire et de travailler avec un acteur inspirant, capable de me renvoyer la balle raide. Jake [Gyllenhaal] a complètement embarqué dans l’idée; il s’est donné corps et âme. J’ai pu faire Prisoners parce que j’avais fait Enemy. J’ai insisté auprès du studio, et ils ont accepté, même s’ils trouvaient ça complètement cinglé!

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Prisoners
En salle dès vendredi

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