Gracieuseté. Natasha Kanapé-Fontaine est l'une des finalistes au Grand Prix du livre de Montréal pour son recueil de poèmes, Bleuets et abricots.

Une jeune poète rosemontoise fracasse les perceptions de la femme autochtone et nous fait connaître sa réalité moderne.

Depuis 2013, Natasha Kanapé-Fontaine réside à Montréal. Originaire de Pessamit, dans la Côte-Nord, l’écrivaine raconte au travers de ses recueils sa vie, ses expériences, ses émotions.

Déjà, ses écrits sont encensés par la critique pour leur qualité esthétique, mais aussi pour le message rafraîchissant qu’ils transmettent.

«Être autochtone et exister c’est déjà une revendication, c’est être politique», confie Mme Kanapé-Fontaine.

Sa dernière œuvre, Bleuets et abricots, un livre de poésie qui «porte le discours de la femme indigène qui revient à la vie pour renverser l’histoire», lui a valu d’être nominée en tant que finaliste au Grand Prix du livre de Montréal.

«Le titre m’est venu après l’écriture de quelques paragraphes, un peu en vision. Les bleuets me rappellent les cueillettes en familles tous les automnes sur la Côte-Nord. Quand j’ai déménagé à Montréal, je trouvais que les fruits ne goûtaient pas grand-chose, et ça m’a pris beaucoup de temps à me réconcilier avec la nourriture ici, d’où abricots. C’est un peu cette rencontre entre les deux mondes qui est à l’origine de ce titre», raconte-t-elle.

Prendre conscience du monde
Lors des balbutiements du mouvement Idle no More, la jeune auteure était encore aux études au Cégep de Rimouski. Après des visites dans la métropole à l’occasion de manifestations, celle-ci a décidé de déménager pour de bon.

«Ça m’a permis de vraiment prendre conscience du monde. Au début ça ne s’est pas fait sans beaucoup d’anxiété pour moi. Mais je voulais transmettre aux gens ce que c’est que d’être innue», raconte-t-elle.

À sa grande surprise, la présence dans la métropole de personnes dont les origines ethniques sont diverses lui a offert l’occasion d’affirmer sa propre identité.

«Aujourd’hui il est rare de se revendiquer d’une seule identité, les Québécois vivent cela de façon très éclatée, ils ne sont plus habitués à ça. Le fait d’entendre les gens parler d’autres langues dans la rue, ça m’a fait comprendre que j’avais le droit d’exister dans ma particularité», affirme Mme Kanapé-Fontaine.

Selon l’auteure c’est d’ailleurs le mariage entre la langue innue et le français qui est à l’origine de l’aspect unique de sa poésie. «L’innu est très imagé, très visuel, alors c’est parfois difficile de transmettre mes idées en français. Mon écriture se créée là où ces deux mentalités se rejoignent», explique-t-elle.

Si elle s’ennuie parfois de son village natal, de la «chaleur» qu’elle retrouve dans le regard des gens là-bas, Natasha Kanapé-Fontaine ne craint pas de perdre son identité.

«Je sais que je suis autochtone au plus profond de moi. Comble de l’ironie, j’ai perdu ma carte « d’Indienne » il y a quelque temps après un voyage en France! En revenant, j’ai décidé ne pas la renouveler, parce que je ne crois pas qu’il me faille un papier pour me rappeler mes origines», souligne-t-elle.

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