VATICAN — Le pape François a prié jeudi pour un jugement final miséricordieux pour le controversé cardinal américain Bernard Law, qui a incarné l’échec de l’Église catholique à protéger les enfants des prêtres pédophiles et l’arrogance d’une institution prête à tout pour protéger sa réputation.

Le cardinal Law est décédé mercredi à l’âge de 86 ans.

Les funérailles du cardinal Law ont été célébrées à la basilique Saint-Pierre par le doyen du Collège des cardinaux, Angelo Sodano. Une trentaine de cardinaux y ont assisté, tout comme l’ambassadrice désignée des États-Unis, Callista Gingrich, et son mari Newt.

D’autres diplomates y étaient, en plus du ministre des Affaires étrangères du Vatican, l’archevêque Paul Gallagher, mais la foule était plutôt maigre, même si des sièges supplémentaires avaient été installés avant le début de la messe.

Le cardinal Sodano n’a fait aucune mention du scandale des prêtres pédophiles pendant son homélie. En respect avec le protocole, le pape François est arrivé à la fin de la cérémonie, pour la prière finale.

Bernard Law, un proche de l’ancien pape Jean Paul II, a été à une certaine époque l’un des plus puissants dirigeants du clergé américain.

En janvier 2002, le journal The Boston Globe a toutefois publié des articles issus de documents internes du clergé qui démontraient que le cardinal Law avait discrètement confié d’autres fonctions à des prêtres soupçonnés de crimes sexuels sur des personnes d’âge mineur. Il n’aurait rien dit à la police ou aux parents des jeunes victimes.

Le cardinal Law a d’abord refusé de commenter, avant de présenter des excuses et des promesses de réforme, mais des milliers d’autres cas de victimes de prêtres pédophiles ont été révélés. On a découvert que le cardinal Law et d’autres dirigeants de l’Église s’étaient davantage souciés des prêtres pédophiles que de leurs victimes.

Sous la pression publique et celle de certains de ses adjoints du clergé, Bernard Law a finalement offert une démission que le pape Jean Paul II a acceptée.

Le Vatican ne l’a pas largué pour autant. Le cardinal Law est allé vivre à Rome en 2004. Il a dirigé la basilique Sainte-Marie-Majeure, l’une des quatre principales basiliques de la ville, et a coprésidé les funérailles de Jean Paul II à la basilique Saint-Pierre.

Il a ensuite occupé diverses fonctions administratives au Vatican. Il a notamment été membre de la Congrégation des évêques, qui recommande de nouvelles nominations au pape. Les militants pour les droits des victimes estiment que cela témoignait du parti pris des autorités vaticanes en faveur du cardinal Law, au détriment des enfants agressés.

Le pape François a hérité de ce dossier épineux et il a promis une politique de «tolérance zéro», mais sa performance laisse un goût amer dans la bouche de plusieurs. Au cours des derniers jours, il a discrètement laissé écouler le mandat de trois ans de la commission d’experts qui devaient conseiller à l’Église les méthodes à adopter pour assurer la sécurité des enfants.

Le cardinal Sodano n’est pas lui non plus blanc comme neige. En tant que puissant secrétaire d’État du pape Jean Paul II au moment de la chute du cardinal Law, il a certainement joué un rôle de premier plan pour orienter la réponse du Vatican au scandale.

Le cardinal Sodano est aussi un ancien partisan du père Marcial Maciel, un toxicomane qui a fondé la Légion du Christ, qui a agressé sexuellement ses séminaires et qui a eu trois enfants. C’est seulement après le décès de Jean Paul II et le remplacement du cardinal Sodano que le pape Benoît XVI a ordonné au père Maciel de mener une existence de «pénitence et de prière» pour ses crimes.

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