Getty Images/iStockphoto Alors que plus de 70% des bacheliers en génie civil trouvent un emploi lié à leur domaine d’études, ce n’est le cas que pour 5,3% des bacheliers d’un programme de sciences physiques.

Les jeunes qui s’intéressent aux sciences et à la recherche doivent savoir qu’il est devenu difficile d’y faire carrière.

C’est le constat principal d’un petit volume qui vient de paraître chez Septembre éditeur, intitulé Les Carrières en sciences – Astuces pour éviter les pièges.

L’auteur, Maxime Bergeron, possède un doctorat en chimie. Comme plusieurs titulaires d’un doctorat en sciences de la nature, il a dû se rendre à l’évidence un beau jour: il ne pourrait pas poursuivre une carrière en recherche scientifique, comme il l’avait souhaité. Comme on le sait, les universités ont décerné un diplôme à trop de jeunes docteurs, et le nombre de nouveaux postes de professeur ou de chercheur est insuffisant.

Après avoir réorienté sa carrière dans le domaine de la santé, M. Bergeron a décidé d’écrire ce petit volume dans lequel il présente ce qu’il aurait aimé savoir avant de commencer sa carrière scientifique. Il explique par exemple que les débouchés dans le domaine des sciences physiques (chimie, physique, astronomie, géologie, etc.) sont beaucoup moins intéressants que ce qu’on nous laisse parfois entendre. Le taux de placement en sciences physiques dans un emploi correspondant au domaine d’études n’est que de 5,3% pour les titulaires d’un baccalauréat et n’est pas beaucoup plus élevé (24%) chez ceux qui ont complété une maîtrise.

De même, plusieurs seront surpris d’apprendre à quel point une carrière en recherche scientifique peut s’avérer exigeante. L’auteur lève le voile sur la réalité des longues heures de travail, de la concurrence féroce entre chercheurs et de la pression constante à publier des articles dans des revues réputées si on souhaite voir sa carrière progresser.

Plutôt que de promouvoir tous les programmes en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques, il serait plus juste de dire que nous avons besoin de diplômés en sciences appliquées (en génie ou en informatique, par exemple).

Enfin!
Il était temps que ce petit volume arrive. Les gouvernements et les médias nous annoncent depuis plusieurs années que nous avons besoin de plus de diplômés provenant des filières de formation en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques (STIM). Or, ce qu’on ne dit pas toujours, c’est que les débouchés d’emploi peuvent varier énormément à l’intérieur de ces domaines. Par exemple, les débouchés des programmes de sciences appliquées (ingénierie, informatique, etc.) sont plus nombreux et plus variés que ceux des programmes de sciences physiques, qui offrent peu de débouchés à part la recherche scientifique.

Pour constater l’avantage conféré par un diplôme en sciences appliquées, il suffit de comparer, notamment, les taux de placement en génie civil à ceux déjà mentionnés en sciences physiques. Plus de 70% des diplômés du baccalauréat en génie civil trouvent un emploi lié à leur domaine d’études. Un examen des statistiques disponibles montre que tous les programmes de génie affichent des taux de placement supérieurs à ceux des programmes de sciences pures.

C’est donc induire les gens en erreur que d’annoncer qu’il y a des emplois en sciences et que nous avons besoin de diplômés issus des programmes STIM. Il serait plus juste de dire que nous avons besoin de diplômés en sciences appliquées, puisque c’est bien ce que les données nous enseignent.

***

Pour répondre à ses détracteurs, qui estiment les conclusions publiées dans cette chronique sont erronées, Mario Charette a rédigé la réponse suivante:

Sachez que cette information n’est pas inventée ou improvisée. Dans la chronique, les chiffres que je cite proviennent du volume dont je fais la revue: Les carrières en sciences – Astuces pour éviter les pièges.

Bien que je ne l’aie pas mentionné, l’auteur, Maxime Bergeron, tire lui-même ces chiffres de la Relance québécoise des diplômés universitaires, une enquête menée auprès des diplômés du 1er et 2e cycle par le ministère de l’Éducation tous les deux ans environ.

Maintenant, les chiffres de la Relance en question ont été corrigés dans le volume. Je vous invite à vous le procurer pour lire l’explication de la correction. Si vous avez accès à la Relance, je vous invite aussi à lire les définitions des termes et des indicateurs qu’on trouve dans son introduction. Vous vous rendrez alors compte pourquoi et en quoi la correction de M. Bergeron est pleine de gros bon sens.

J’ai moi-même, dans un article paru dans les années 1990, utilisé une stratégie de correction de la Relance tout à fait semblable.

Malheureusement, la correction conduit à des chiffres beaucoup moins intéressants que ceux qui sont présentés dans les résultats que publie le ministère. Essentiellement, la correction consiste à recalculer les indicateurs en utilisant comme population de référence l’ensemble des répondants à l’enquête pour une catégorie donnée de formations plutôt qu’un sous-groupe de la même population.

Lorsqu’on étudie le marché du travail et les débouchés de formation, on peut évidemment être confronté à des contradictions moins apparentes. Il faut alors chercher une réconciliation. Par exemple, dans l’article de La Presse que vous mentionnez, l’accent est placé sur les diplômés des programmes techniques et des programmes en génie. On y parle peu de ceux qui ont reçu un diplôme de programmes universitaires fondamentaux (comme la chimie) mais bien plutôt des très bons débouchés qui attendent ceux qui ont diplômé des techniques ou des sciences appliquées, encore une fois. Cet article, en fait, semble soutenir la même conclusion que moi.

Je vous invite aussi à faire une distinction entre les débouchés potentiels et les débouchés réels. Les débouchés que vous mentionnez sont des débouchés potentiels. Il s’agit de la liste des domaines d’activités au sein desquels un diplômé POURRAIT travailler. C’est souvent ce qu’on trouve dans les descriptions de programme de la documentation des universités. Un débouché réel est celui que se présente (ou pas) aux diplômés d’une cohorte donnée, et varie d’une année à l’autre. Les Relances sont une indication des débouchés réels.

Il n’est donc pas question de me rétracter ou de corriger l’article. Je ne suis pas immunisé contre l’erreur, mais on est ici dans une de mes zones de grand confort.

 

 

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