Métro Bien des gens craignent les serpents et les araignées, même s’ils n’ont jamais vécu d’expérience négative avec ces bêtes.

Seriez-vous à l’aise si une grosse tarentule se déplaçait sur votre épaule? Non? Ce n’est pas étonnant. En revanche, si je vous demandais d’enfiler des gants de cuisine pour sortir un gâteau du four, je ne pense pas que ça vous ferait reculer.

Permettez-moi de vous poser encore quelques questions. Vous êtes-vous déjà fait mordre par un serpent venimeux ou une araignée? Ou vous êtes-vous déjà brûlé sur une cuisinière?

Vous ne vous êtes probablement jamais fait blesser par des animaux venimeux, mais ils vous font très peur. Par ailleurs, je suis certain que vous vous êtes déjà brûlé en sortant un plat du four. Et pourtant, très peu de gens ont la phobie des cuisinières. Pourquoi en est-il ainsi, si les peurs sont censées être la conséquence d’expériences négatives?

Les peurs instinctives
Quand on songe à l’instinct, il devient plus facile de comprendre pourquoi on craint davantage certaines choses que d’autres. L’instinct de survie, chez l’être humain comme chez l’animal, a évolué dans un environnement naturel. La peur des hauteurs, des espaces clos, des nouveaux environnements, des foules, des animaux venimeux, etc. est facile à comprendre. Il n’existe pas de hauteurs sécuritaires dans la nature; les espaces clos, comme les cavernes, sont des lieux où l’on peut se faire piéger par un prédateur; on ne connaît pas les dangers qui peuvent se dissimuler dans un nouvel environnement; dans une émeute, on risque de se faire piétiner; et la piqûre de plusieurs serpents est mortelle. Ces peurs ont vu le jour parce qu’elles augmentaient les possibilités de survie.

Revenons en 2014 et à la vie dans une ville moderne. Il n’y a pas beaucoup de cobras ni de veuves noires à Montréal, mais on y trouve des tunnels, un métro et des ascenseurs. La plupart des gens phobiques ont peur des mêmes choses. Ils parleront du malaise qu’ils éprouvent dans un ascenseur ou dans un avion, ou encore lorsqu’ils sont coincés dans la circulation sur un pont, voire même dans le fauteuil du coiffeur. Autrement dit, tous les endroits qu’ils ne peuvent pas fuir facilement en cas d’urgence. C’est là un reste des craintes instinctives propres à tous les animaux. Ne blâmez pas votre mère de vous avoir transmis ces crain­tes et ne les attribuez pas à un traumatisme oublié. L’expérience peut amplifier ou diminuer les peurs, mais la plupart d’entre elles sont enracinées en nous tous.

C’est pourquoi bien des gens craignent les serpents et les araignées, même s’ils n’ont jamais vécu d’expérience néga­tive avec ces bêtes, alors que peu d’entre nous ont peur des fours ou des prises électriques, malgré toutes les mauvaises expériences qui s’y rattachent. Cela s’explique tout simplement par le fait que les fours n’existent pas depuis assez longtemps pour qu’on ait eu le temps d’acquérir à leur sujet une peur instinctive. Si on se brûle, cela suscitera une certaine anxiété en nous et cela nous rendra plus prudents. Mais il est peu probable que cette expérience malheureuse génère en nous une phobie. Pour cela, il faudrait qu’une tarentule se trouve sur un des boutons de la cuisinière…

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