Muhammed Muheisen/Associated Press

Faut-il que le blasphème soit un crime reconnu aux yeux du droit international? La réponse est évidente. Du moins pour l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Cessez l’islamophobie au nom de la sacro-sainte liberté d’expression, martèle l’OCI.

La campagne de l’organisation s’inscrit dans la foulée de la diffusion de The Innocence of Muslims et de la publication des nouvelles caricatures de Mahomet dans le magazine satirique français Charlie Hebdo. Assez, c’est assez, estime l’OCI, qui regroupe 57 États. Oui, rétorquent les pays occidentaux, les religions ne doivent pas être diffamées, mais il ne faut pas pour autant limiter la liberté d’expression.

On le voit, c’est la quadrature du cercle. Le dialogue de sourds ne date pas d’aujourd’hui. L’offensive «anti-blasphème» a commencé en 1999. Elle est surtout menée par le Pakistan, épicentre de la colère arabo-musulmane contre toute atteinte à la seconde religion monothéiste du monde.

C’est là que le bât blesse. La loi pakistanaise sur le blasphème, promulguée en 1986, a fait de nombreuses victimes. Au moins 1 000 personnes ont trouvé la mort ces 10 dernières années. Certaines ont été lynchées, d’autres sont décédées en prison. Toutes ont été dénoncées, à tort ou à raison, pour avoir profané le Coran ou proféré des insultes contre Mahomet. Bien souvent, la controversée loi sert de prétexte à des règlements de compte.

Avec l’explosion de la communication dans le monde et les attentats du 11 septembre, les attaques verbales contre la religion sont légion, et les susceptibilités, à fleur de peau. Mais tout cela n’est pas nouveau. Longtemps, dans toutes les religions, le blasphémateur a été considéré comme un hérétique.

Encore aujourd’hui dans la très catholique Irlande, le «pécheur» est passible d’une amende de 30 000 $ pour «des propos grossièrement abusifs ou insultants sur des éléments considérés comme sacrés par une religion». Aux dernières nouvelles, aucune «contravention» n’avait été donnée depuis l’entrée en vigueur de la loi, il y a deux ans.

Dans la plupart des États séculiers, le blasphème n’est pas automatiquement puni. Cela fait partie de la liberté d’expression. Doit-elle être sans limites? Oui, répondront certains. Pour d’autres, elle ne peut être absolue et devrait être soumise à des restrictions.

Le débat est sans fin. Chose certaine, la liberté d’expression ne doit jamais être considérée comme un blasphème, même si elle peut parfois faire mal.

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