Elise Amendola / The Associated Press

Netflix investira plus de 500 millions $ au cours des cinq prochaines années pour financer des productions canadiennes, selon ce qu’a confirmé Patrimoine Canada aujourd’hui. Si la décision est une bonne nouvelle, il ne faudrait toutefois pas penser non plus que le géant californien de la diffusion en ligne nous fait un cadeau.

100 millions $ par année est beaucoup d’argent. C’est près du tiers du budget annuel du Fonds des médias du Canada (349 millions $), et c’est plus d’argent que ce qu’investissait Bell Média en 2014-2015 (84,50 millions $) pour ses huit chaines spécialisées (excluant RDS).

Cet investissement – qu’Ottawa utilise pour justifier sa décision de ne pas imposer de taxe de vente à Netflix – n’est toutefois pas un don de charité. C’est un investissement, justement.

Netflix compte investir 7 milliards $ US en contenu en 2018 seulement. Une hausse par rapport aux 6 milliards $ US prévus cette année et aux 5 milliards $ US dépensés l’année dernière. L’investissement de 100 millions $ au Canada représente donc moins de 10% de la hausse prévue de son budget pour l’année prochaine, et ne se fera ainsi pas au détriment de ses dépenses actuelles.

À un peu plus de 100 millions d’abonnés, 7 milliards $ US représente 70 $ US (environ 87 $) par utilisateur par année.

Netflix – et son concurrent HBO, d’ailleurs – a compris il y a longtemps que la clé du succès dans cette industrie est d’investir massivement dans du contenu de qualité. C’est ce qui attire les spectateurs. L’entreprise ne dépense pas la majorité de ses revenus pour soutenir l’industrie hollywoodienne. Elle le fait parce que c’est le meilleur moyen pour conserver ses abonnés et en gagner de nouveaux. Des abonnés qui, rappelons-le, dépensent environ 132 $ par année pour le service.

On ignore combien d’abonnés Netflix possède au Canada. Une étude souvent mentionnée avance jusqu’à 5,2 millions d’utilisateurs, un chiffre toutefois difficile à croire. Une autre étude plus réaliste avance quant à elle un peu plus de 3,5 millions d’abonnés.

Pour le bien de la discussion, divisons ce chiffre en deux : 1,75 million d’abonnés. Même avec cette estimation conservatrice, Netflix investirait au Canada l’équivalent de 57 $ par utilisateur par année, soit une partie seulement de l’argent que l’entreprise réserve déjà à l’achat de productions télévisuelles.

Lors de la présentation des résultats du second trimestre financier de 2017, Netflix a dévoilé avoir obtenu quatre fois plus de nouveaux abonnés à l’étranger qu’aux États-Unis. La croissance de Netflix ne passe plus par son marché intérieur, mais par les autres pays.

Netflix n’a aucune raison de changer sa stratégie : sa croissance passe par la qualité de son contenu. C’est vrai aux États-Unis, et ce l’est tout autant (sinon plus) à l’étranger.

En investissant à l’étranger une partie de son budget réservé aux productions télévisuelles, Netflix ne fait pas de cadeau à personne. L’entreprise ne fait que miser de nouveau sur une décision d’affaires qu’elle a prise il y a plusieurs années.

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