Où s’approvisionnaient les premiers Montréalais? Que mangeaient-ils?

L’Écomusée du fier monde, en partenariat avec le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, s’est intéressé à la question avec l’exposition Nourrir le quartier, nourrir la ville, inaugurée mercredi, jour du 
375e anniversaire de la ville. Photos et documents d’archives, objets d’époque et outils interactifs nous font voyager dans les lieux où les Montréalais allaient remplir leurs paniers au cours des derniers siècles.

L’historien Éric Giroux relate pour Métro un des volets de l’expo, celui où on découvre les marchés et autres épiceries qui ont nourri les quartiers de la ville d’hier à aujourd’hui.

Les premiers marchés publics
Le premier marché public fait son apparition en 1676 à Montréal, alors que la ville compte environ 600 habitants. «Il y avait une nécessité de se doter de certains outils pour nourrir la ville, de s’assurer que la population locale ait accès à un certain nombre de denrées alimentaires, explique Éric Giroux, commissaire de l’exposition. Le marché public voulait encadrer le commerce de l’alimentation.» Ce marché se trouvait sur la place Royale, dans le Vieux-Montréal.

Plus tard, en 1807, arrive le marché neuf, sur l’actuelle place Jacques-Cartier. Montréal compte alors environ 9000 âmes et le vieux marché ne suffit plus à la demande.

Le premier marché couvert de la ville, le marché Sainte-Anne, est quant à lui inauguré en 1834, sur la place d’Youville. Il abrite une quarantaine d’étals au rez-de-chaussée, principalement des bouchers. «L’intérieur des marchés était destiné aux bouchers et, pendant le temps des récoltes, les maraîchers venaient s’installer à l’extérieur», mentionne l’historien.

À partir de 1850, avec l’industrialisation, les quartiers montréalais se développent et les marchés se multiplient aux quatre coins de la ville : Papineau, Saint-Jacques, Saint-Laurent et Saint-Jean-Baptiste, pour ne nommer que ceux-là.

«Jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle, il y avait toutes sortes de pratiques d’autosubsistance qui existaient; les gens pouvaient posséder un ou deux cochons, des poules, et cultiver un petit terrain.» –Éric Giroux, commissaire de l’exposition Nourrir le quartier, nourrir la ville

Place à l’épicier
Dans les nouveaux quartiers viennent aussi les épiciers. Ces commerçants feront affaire avec les grossistes du marché Bonsecours, dans le Vieux-Montréal, et vendront la «nourriture sèche» aux gens du coin, la nourriture fraîche étant encore vendue uniquement dans les marchés publics jusqu’à la fin du XIXe siècle. Les épiciers deviennent des acteurs importants au sein des quartiers. «Leur territoire était bordé par le territoire de l’épicier voisin et chacun avait sa zone d’influence», dit l’historien.

«Dès les années 1920, il y a un nouveau type de commerces qui apparaît: les chaînes, raconte M. Giroux. La plus importante à l’époque au Canada est Dominion Stores. Dotées d’un important pouvoir d’achat, les chaînes peuvent vendre leurs produits moins cher, ce qui n’est pas sans inquiéter les 
épiciers indépendants.

Tous au supermarché
Leur inquiétude ne fait que commencer puisqu’après la Deuxième Guerre mondiale, «on va entrer dans une autre ligue» avec l’avènement du supermarché, un peu comme on le connaît de nos jours. «On va construire des bâtiments qui sont conçus pour être des supermarchés», poursuit M. Giroux, en donnant l’exemple des commerces qui placeront les étals de fruits et légumes à l’entrée.

Avec ces supermarchés, on voit apparaître le libre-service, l’affichage de tous les prix et de nouvelles façons de commercialiser les aliments. Dans les allées, les emballages individuels, plus pratiques, remplacent peu à peu le vrac, comme c’était coutume chez l’épicier.

«Certaines pratiques, dont la livraison à domicile, les commandes téléphoniques et le crédit, ont permis à certains épiciers indépendants de conserver leur clientèle», dit Éric Giroux. Mais peu à peu, leur importance s’effrite et, au tournant des années 1970, certains se transformeront en commerces omniprésents aujourd’hui à Montréal: les dépanneurs, qui axeront davantage leur offre sur la bière, les cigarettes, les grignotines et la loterie.

Et comme une roue qui tourne, après avoir connu tout ça et 340 ans après l’ouverture du premier marché à Montréal,  les marchés publics sont de plus en plus populaires auprès des citoyens, qui tentent aussi de se réapproprier le territoire en multipliant les initiatives d’agriculture urbaine.

À l’Écomusée du fier monde
2050, rue Amherst
Jusqu’au 4 février 2018

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