Getty Images/iStockphoto La clé pour aider son enfant à développer ses goûts? Continuer à l’exposer aux aliments impopulaires. Parfois, ça peut prendre 15 à 20 expositions avant que l’enfant aime un nouvel aliment.

Les repas en famille se transforment bien souvent en séances de négociation entre les «ouach, c’est dégueu» et les «goûtes-y au moins». Ne vous en faites pas, c’est normal… ou à tout le moins, ça s’explique.

Misère! Vous venez de passer une heure aux fourneaux pour préparer une nouvelle recette de cari de poisson et junior refuse d’y goûter, tandis que mini ne veut pas manger ses brocolis. Que faire lorsqu’une telle situation se présente?

Pour savoir quelle attitude adopter, il faut d’abord savoir ce qui se passe dans la bouche des bambins. À la naissance, le bébé a déjà été exposé à différentes saveurs dans le ventre de sa mère via le liquide amniotique, mais la première saveur à atteindre réellement ses papilles toutes neuves est celle, sucrée, du lait maternel, qu’il apprécie naturellement. Pour les autres saveurs – le salé, mais surtout l’amer et l’acide –, un long apprentissage commence.

«Ils peuvent avoir des préférences innées, mais les enfants n’ont pas de goûts spécifiques. Tout est à faire, tout est à modeler, à influencer, explique la nutritionniste Stéphanie Côté, qui s’intéresse à l’alimentation des tout-petits depuis plusieurs années et qui compare leur goût à une «toile blanche sur laquelle on peut mettre plein de couleur».

Pas de goûts particuliers donc, mais certains points communs à plusieurs enfants, reconnaît sa collègue de l’émission Cuisine futée, parents pressés, Geneviève O’Gleman. «Les enfants aiment souvent plus les saveurs franches,  le sucré ou le salé, les saveurs plus faciles à identifier, croit la nutritionniste. Ils aiment aussi pouvoir voir et reconnaître les ingrédients; les plats mijotés ou mélangés sont parfois plus difficiles d’accès.»

Pour ajouter une couche de complexité, environ 75% des enfants vivent une période de «néophobie alimentaire», c’est-à-dire une peur de la nouveauté. Donc, ça peut prendre du temps avant que les petits apprécient les aliments présentés par leurs parents.

Le rôle des parents
La psychologue Nadia Gagnier, qui a coécrit un livre sur la question (J’aime pas ça! J’en veux encore!), le dit d’emblée : «Je n’aime pas le terme “caprice” parce que ça jette le blâme sur l’enfant, alors que ce sont les parents qui n’ont pas fait ce qu’il fallait.»

Les parents jouent effectivement un rôle essentiel, souligne Stéphanie Côté. «Le rôle du parent est d’exposer son enfant à une variété d’aliments, de nouveaux aliments régulièrement, et de ne pas s’arrêter au premier, deuxième ou même troisième refus de l’enfant.»
Geneviève O’Gleman précise qu’il est important de le faire en respectant le rythme de l’enfant. «Autour de la table, peu importe la recette, il faut que la personne la découvre à son rythme, et pour certaines personnes, juste le fait de tolérer un aliment dans l’assiette, c’est une étape. L’étape d’après, c’est peut-être juste de jouer avec l’aliment, avant [d’y goûter la fois suivante.]»

«Ne faites pas un deuxième menu, continuez à exposer l’enfant, renchérit Nadia Gagnier. Autant on explique aux parents qu’aujourd’hui, il ne faut pas forcer un enfant à finir son assiette, autant quand un enfant n’aime pas un aliment, on l’invite à regoûter. On explique à l’enfant qu’il se peut que, la prochaine fois, il aime ça.»

L’importance du climat

Les trois intervenantes interrogées s’entendent toutes sur l’importance de créer une atmosphère positive et agréable. Voici leurs conseils:

  • Partage des responsabilités. «Le parent choisit le menu, l’horaire et le lieu des repas et fait en sorte que ce soit agréable; c’est le quoi, le quand, le où et le comment, explique Stéphanie Côté. La responsabilité de l’enfant, c’est de choisir la quantité de nourriture qu’il met dans sa bouche.»
  • Discussion. «Une des façons d’enlever de la pression sur l’assiette, c’est de jaser d’autres choses que de bouffe, suggère Geneviève O’Gleman. L’assiette est là, le contenu est là, on a fait notre effort de parent en cuisinant de bons aliments. Il ne faut pas en faire une bataille, une mission.»
  • Flexibilité. «Souvent, quand on se montre plus flexible comme parent et qu’on montre qu’on respecte les goûts de l’enfant et que tout ce qu’on demande c’est un essai, souvent l’enfant va montrer un peu plus de collaboration, croit Nadia Gagnier.

Ce que tu détestes?

«Les champignons avec leurs petits poils bruns et leur tige blanche. Je ne mangerai jamais de cornichons et la soupe verte de maman.» –Anaïs, 5 ans

«Je n’aime pas beaucoup les pickels. Parce que je trouve ça acide.» –Raphaël, 8 ans

««Les légumineuses, en particulier les haricots rouges, mais je ne sais pas trop pourquoi.» –Laetitia, 7 ans

Ton mets préféré?

«J’aimerais que maman cuisine une assiette de shish-taouk tous les jours, mais il faut manger équilibré.» –Constance, 5 ans

«Du riz aux légumes avec des saucisses. C’est mon repas préféré du monde entier que mon éducatrice me prépare à la garderie!» –Maël, 3 ans

«Du riz et du poulet orange [du poulet au beurre indien], parce que c’est bon bon bon pour mon bedon!» –Olivia, 2 ans

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