Getty Images/iStockphoto L’Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas consommer plus de 50 grammes de sucres libres par jour, l’équivalent de 12 ½ cuillères à thé ou de 10 % de notre apport total en énergie. Depuis 2014, l’OMS suggère même qu’il vaudrait encore mieux réduire la quantité à 25 grammes par jour.

Sucre de canne, sirop d’érable, miel, sirop de glucose-fructose, sucralose, maltodextrine, acésulfame-k, aspartame, sucrose, stévia… les visages du sucre sont multiples.

En étudiant la liste des ingrédients que contiennent les produits qu’on met dans notre panier d’épicerie, on se rend compte qu’il est présent dans presque tous les aliments transformés qu’on achète. Environ 75 % des aliments transformés contiennent du sucre sous une – ou plusieurs – de ces formes.

Depuis quelques années, on parle beaucoup des impacts du sucre sur notre santé. La nutritionniste Catherine Lefebvre a voulu aller voir plus loin, comprendre le sujet dans son ensemble. Elle offre donc le livre Sucre – Vérités et conséquences, qui traite autant de l’histoire de cet aliment que des impacts environnementaux de sa production ou des stratégies de l’industrie pour nous faire flancher à tout coup. Et bien sûr, elle ne pouvait passer sous silence tous les dommages qu’il fait à notre corps, une cuillerée à la fois. Entrevue avec l’auteure.

On a l’impression que tout a été dit sur le sucre. Qu’aviez-vous envie d’ajouter au débat?
Avant d’écrire le livre, c’est ce que je croyais aussi. Mais en voyant le documentaire Sugar Coated en juin, je me suis dit OK, la question ne se limite pas à la quantité de sucre dans les biscuits, les bonbons et les jus sucrés. [En fouillant], je me suis aperçue que beaucoup de livres ont été écrits sur les conséquences médicales de la consommation de sucre ou même sur l’histoire des plantations. Mais je n’en ai pas trouvé qui faisaient le tour de la question. J’ai voulu écrire un ouvrage plus global, parler de l’actualité du sucre, voir comment ça se passe aujourd’hui dans les plantations.

Infographie de stéphane losq
Infographie de Ariane Dray

Pour ce faire, vous êtes allée visiter des plantations à la Barbade et au Brésil. Ces visites et ces rencontres vous ont permis de voir une autre facette du problème.
C’était important pour moi de parler de l’aspect environnemental de la culture de la canne à sucre, mais aussi de son aspect humain. D’autant plus que le sucre est un produit de commodité: on en consomme à la tonne! Je pense que c’est important de se questionner sur la vie dans les plantations.

Ce que j’ai vu au Brésil, c’est la machine, la grosse machine brésilienne. Les travailleurs jouissent de bonnes conditions. Si j’avais eu plus de temps et d’argent, j’aurais aimé aller dans le nord-est du Brésil [où la récolte manuelle est toujours pratiquée, parfois par des enfants] ou en République dominicaine [où les conditions de travail frôlent l’esclavage].

La Barbade [qui a longtemps été un des principaux fournisseurs de l’Angleterre] n’exporte quant à elle presque plus. Beaucoup d’endroits dans les Antilles ne sont plus capables de compétitionner avec le Brésil.

«C’est sûr que d’un point de vue environnemental ou économique, ça peut être intéressant de remplacer le sucre par du sirop d’érable ou du miel, mais pour la santé, ça ne fait aucune différence. L’idée, c’est d’éviter de se dire qu’on peut en mettre plus parce que c’est du miel ou du sirop d’érable.» -Catherine Lefebvre, nutritionniste et auteure

Il n’y a jamais eu autant d’études prouvant les effets néfastes du sucre sur notre santé, et pourtant, le sucre est partout dans notre alimentation. Sentez-vous que les gens et l’industrie sont mieux informés qu’avant?
Je l’espère. Mais en même temps, je pense que c’est difficile pour les gens de s’y retrouver parce que l’information disponible ne les aide pas. C’est super compliqué pour un consommateur moyen, qui n’a pas le temps de passer trois heures à l’épicerie [à décrypter les tableaux nutritionnels].

Même les produits «sans sucre ajouté» contiennent très souvent des concentrés de jus de fruits, des purées de fruits qui leur sont ajoutés pour que le fabricant puisse écrire «sans sucre ajouté» sur l’étiquette.

Et ces concentrés de jus de fruits sont aussi néfastes que le sucre?
Sans l’ombre d’un doute. Il n’y a pas de fibres dans le jus. Or, les fibres ralentissent l’absorption du sucre, qui arrive donc moins vite dans le système. Il est encore plus dommageable quand on l’ingère sous forme de jus. Il y a plus de fruits dans du concentré ou du jus de fruits, donc on ingérera une plus grande quantité de sucre liquide, en très peu de temps.

S’il n’y a pas un sucre qui soit meilleur que les autres, y en a-t-il des pires?
Le sirop de glucose-fructose. Parce qu’il est sous forme liquide et qu’il est souvent présent dans des aliments liquides eux aussi. Donc, l’absorption est quasi instantanée. Au Canada et aux États-Unis, c’est ce qu’on retrouve dans environ 95% des boissons sucrées.

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Sucre – Vérités et conséquences

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