Non, non, il ne s’agit pas d’une idée de rêveur, mais bien d’une tendance qui s’affirme dans de nombreuses entreprises, où on intègre carrément la nature (réelle ou imitée) dans les espaces de travail.

L’idée d’introduire l’environnement naturel dans un lieu de travail est plus qu’une possibilité offerte par l’architecture d’avant-garde, c’est aussi une façon d’améliorer le bien-être des travailleurs, augmentant ainsi leur productivité. En atténuant l’effet des parements de béton à l’aide d’une approche plus verte appelée «design biophilique», il est possible de réveiller le fort lien qui unit les êtres humains et la nature.

«Le “design biophilique” repose, entre autres, sur l’aménagement créatif et imaginatif de l’espace grâce à l’emploi de matériaux et de formes exprimant notre admiration pour la nature et notre besoin d’être entourés de feuilles, de fleurs et d’animaux», résume Stephen Kellert, professeur émérite à la School of Forestry and Environmental Studies de l’Université Yale.

Cela donne des résultats particulièrement étonnants dans les espaces intérieurs, où cette approche permet de créer davantage de contacts indirects avec des éléments de la nature – dont la lumière, le vent et les panoramas –, et de simuler des phénomènes naturels. Google, par exemple, est une des grandes compagnies qui s’est intéressée à ce type d’aménagement. Ses employés sont souvent assis à côté de grandes fenêtres et disposent de meubles dont les formes stimulent les sens, réduisent le stress et améliorent la concentration ainsi que la créativité.

«Évidemment, dans ce genre d’entreprise, où les coûts de l’énergie représentent 1% du budget de fonctionnement, alors que le salaire et les avantages sociaux des employés en accaparent 90% , il existe une possibilité théorique d’amélioration du rendement de l’ordre de 10%», explique Christopher Wedding, professeur de développement vert à l’Université Duke et fondateur de la compagnie g-bit – the green business informatics tool.

Heureux et en santé
L’entreprise américaine de consultation environnementale et de planification stratégique Terrapin Bright Green cherche à améliorer l’environnement dans lequel nous travaillons grâce au design durable. Elle a récemment proposé le petit traité 14 Patterns of Biophilic Design (14 motifs d’aménagement «biophilique») afin d’aider les professionnels et les planificateurs qui le souhaitent à mettre en application les principes du design «biophilique» dans leur lieu de travail.

«Nous croyons qu’il n’y a pas de frontières entre les humains et la nature, que les deux peuvent et doivent vivre en harmonie, résume Catie Ryan, chargée de projet principale chez Terrapin Bright Green. Nous jugeons important de trouver des solutions qui copient les systèmes naturels, afin de produire des résultats plus efficaces sur les plans environnemental et économique. Nous pensons aussi que le design de haute performance vise fondamentalement à améliorer la santé des gens et leur expérience utilisateur, tout en augmentant collectivement notre résilience économique et environnementale à l’échelle du globe.»

Selon Mme Ryan, il existe, dépendamment de l’efficacité de l’aménagement «biophilique» qu’on a réalisé, un important potentiel d’amélioration de la mémoire, de l’attention, du sens de l’orientation et des aptitudes pour la résolution de problèmes des gens qui y travaillent. «Le défi, pour les designers, est d’éviter de se confiner à des interventions superficielles. Ils doivent repenser en profondeur ce qui est généralement perçu comme un espace indépendant ou un élément faisant partie d’un ensemble plus vaste», poursuit-elle.

Une relation avec le monde naturel
Dans certains cas, ce type de design exploite des qualités de l’environnement existant. Les designers doivent ensuite trouver des représentations abstraites ou des simulations de phénomènes naturels à y ajouter. «En tant qu’êtres vivants, nous pouvons distinguer entre la nature authentique et la nature artificielle. Mais même si un véritable élément de la nature est toujours préférable à son imitation, les chercheurs ont montré que l’imitation de la nature est en général préférable à l’absence totale de nature», ajoute la chargée de projet de Terrapin.

La compagnie américaine Sky Factory se spécialise pour sa part dans les installations pour mur et plafond, appelées «illusions» parce qu’elles imitent des paysages et produisent un sentiment réconfortant semblable à celui que suscite en général en nous la contemplation de ces paysages. En combinant le verre, la lumière artificielle et la technologie, ces aménagements parviennent à reproduire l’effet d’un ciel bleu par un jour ensoleillé, peu importe l’endroit où ils sont réalisés. «Nous imaginons un monde dans lequel la beauté de la nature est introduite à l’intérieur des bâtiments, dans lequel l’art et la technologie aident à produire la paix et l’équilibre qui émanent de l’expérience authentique des profondeurs de la nature», expliquent les créateurs de la Sky Factory.

Pourquoi il faut imiter la nature
Le «design biophilique» n’implique pas toujours l’usage de matériaux ou d’installations durables, comme la pierre naturelle ou les murs végétaux. Parfois, plutôt que d’intégrer ces composantes, il s’applique à imiter la façon de faire de la nature. «Il s’agit d’un domaine connexe appelé biomimétisme, dans lequel on s’inspire des motifs et des stratégies éprouvés de la nature afin de trouver des solutions durables aux défis qui se posent aux êtres humains, précise le professeur Christopher Wedding. Et il ne s’agit pas d’un petit engouement réservé au monde du design. Selon certaines estimations, d’ici 2030, ce secteur d’activité pourrait représenter 425G$ aux États-Unis et 1600G$ en termes de production mondiale totale.»

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