Denis Beaumont/Métro Lucile Rapin, chercheuse postdoctorante au Département de linguistique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Il n’y a pas que les fous qui se parlent à eux-mêmes. Nous entendons tous une voix intérieure, notamment lorsque nous lisons attentivement un texte. Lucile Rapin, chercheuse postdoctorante au Département de linguistique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), participe à un projet de recherche qui vise à faire un portrait complet de ce phénomène pour mieux le contrôler.

Qu’est-ce que la parole intérieure?
C’est un phénomène commun à tous, sur lequel on n’a pas nécessairement le contrôle. On se parle tous à nous-même, dans notre tête. On perçoit notre propre voix et parfois même celle de gens qu’on connaît. Les enfants ont une période où ils se parlent à voix haute, puis ils internalisent cette parole.

Quels sont les types de parole intérieure?
La parole volontaire est celle qu’on choisit de produire, par exemple pour planifier des tâches, retenir un numéro de téléphone ou organiser ses idées. Elle vient généralement sous forme de phrases complètes. La parole involontaire est un peu de la divagation. Ce sont des idées qui vont et qui viennent, à l’endormissement par exemple. On sait que les deux types de pensées activent des réseaux cérébraux différents, mais on ne sait encore pas exactement lesquels.

Quel impact cette parole intérieure peut-elle avoir dans nos vies?
D’un côté, elle peut nous faciliter la vie. Elle nous permet de mettre un problème en mots dans notre tête pour ensuite le traiter. Elle nous aide à planifier nos actions, à mémoriser de l’information, à définir et diriger une tâche qu’on est en train de faire. On peut aussi s’auto-motiver, par exemple en se disant: «tu est bon, tu es capable». En contrepartie, cette voix peut être dérangeante lorsqu’elle est altérée, par exemple lorsqu’on ne peut s’empêcher de ruminer des pensées négatives.

Quel est le lien entre la parole intérieure et certaines hallucinations auditives comme ont les personnes schizophrènes?
Certaines personnes ayant des maladies psychiatriques ne comprendraient pas que la ou les voix qu’ils entendent sont produites par eux-mêmes. Un souci dans le réseau cérébral fait qu’ils la perçoivent comme une voix externe.

Vous avez contribué à la publication d’un article dans la revue Behavioural Brain Research récemment, pour faire état des avancées de la recherche dans ce domaine. Quel était le but de votre démarche?
Des chercheurs dans le monde entier étudient plusieurs sujets pour lesquels on constate que la parole intérieure est impliquée, comme les hallucinations auditives, la parole volontaire, la pensée vagabonde ou la dépression. Pourtant, personne ne travaillait spécifiquement sur la parole intérieure. Des collègues et moi avons donc fait une revue de la littérature existante pour savoir où on en est et ce qui reste à comprendre. Nous entamons maintenant une grande recherche à l’Université Pierre-Mendès-France, à Grenoble, pour en faire un portrait global.

À quoi ça va servir d’en savoir plus sur le phénomène?
En voyant ce qui se passe dans le cerveau de sujets typiques, on pourra aider à mettre en place des meilleurs traitements pour les hallucinations ou pour la rumination, qui est souvent associée à la dépression et aux troubles de l’anxiété. Travailler sur cette voix pourrait aussi aider ceux qui ont des troubles de la concentration. Plus généralement, on pourrait savoir comment la contrôler davantage pour mieux apprendre et résoudre des problèmes.

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