© AMER HILABI / AFP

Fixant, émerveillés, un lac salé en contrebas, des randonneurs tentent péniblement d’apprivoiser les pentes escarpées d’un cratère volcanique, trésor caché parmi les merveilles naturelles que l’Arabie saoudite veut promouvoir pour attirer des touristes étrangers.

Le royaume de 32,5 millions d’habitants, longtemps fermé, va bientôt commencer à délivrer des visas touristiques, ouvrant l’une des dernières frontières du tourisme mondial.

Pays du Golfe encore très dépendant du pétrole, l’Arabie saoudite considère le tourisme comme une manne potentielle, un «or blanc», et vise 30 millions de visiteurs par an d’ici 2030, soit près du double d’aujourd’hui.

Connu pour sa ségrégation des sexes et son code vestimentaire liés à une version rigoriste de l’islam, le pays était jusqu’ici perçu comme une destination improbable par les touristes du monde entier, à l’exception des pèlerins de La Mecque et Médine.

Les autorités veulent notamment promouvoir le cratère volcanique d’Al Wahbah, où les visites sont encore rares. Pour la première fois, Amr Khalifa, un guide privé, conduit un groupe de campeurs au fond de ce cratère, les encourageant à mettre leur poids sur les talons pour ne pas glisser.

«J’ai parlé d’Al Wahbah à mes amis», mais «ils ne connaissent pas», confie Mohamed Bahroun, un banquier d’affaires basé à Jeddah (ouest).

Montagnes amoureuses
Situé à quatre heures de route de Jeddah, ce cratère s’est formé après une explosion de vapeur souterraine due à l’activité volcanique. La légende locale raconte que sa naissance est le fruit de l’amour de deux montagnes, dont l’une s’est déracinée pour s’unir à l’autre, laissant une dépression en forme de bol.

«Le principal défi consiste à rendre ces sites touristiques accessibles», affirme M. Khalifa, en admettant que son groupe est le seul sur place ce week-end là.

Le tourisme est l’un des moteurs de «Vision 2030», un plan ambitieux pour restructurer l’économie saoudienne annoncé en 2016 par le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane.

Le jeune fils du roi se projette comme un réformateur et multiplie les initiatives pour moderniser le royaume ultra-conservateur. Il a dévoilé en octobre un immense projet de zone de développement futuriste dans le nord-ouest -comprenant un volet touristique-, qui nécessite 500 milliards de dollars d’investissements.

En août, Ryad avait annoncé le lancement d’un projet touristique d’envergure consistant à transformer une cinquantaine d’îles de la mer Rouge en stations balnéaires de luxe. Les autorités prévoient aussi de mettre en valeur des sites archéologiques nabatéens, dont celui d’Al-Hijr, inscrit par l’Unesco au Patrimoine mondial.

Pas d’alcool?
Dans un entretien à l’AFP le mois dernier, le prince Sultane ben Salmane ben Abdelaziz, en charge du secteur touristique saoudien, a annoncé que des préparatifs étaient en cours pour lancer des visas électroniques au premier trimestre de 2018 pour «tous les ressortissants dont les pays autorisent leurs citoyens à visiter» l’Arabie saoudite.

«Le royaume est un très grand trésor», a souligné ce prince en décrivant ses paysages époustouflants. «Nous ne sommes pas que des marchands de pétrole», a-t-il assuré.

L’Arabie saoudite a commencé sa mue en levant l’interdiction des salles de cinéma, en autorisant les femmes à entrer dans des stades et en annonçant qu’elles pourraient conduire à partir de juin prochain.

Mais l’interdiction totale de l’alcool risque d’être un frein pour des touristes occidentaux, estiment des experts.

Le prince Sultane a déclaré que le royaume, qui tire sa légitimité de la tutelle des lieux les plus sacrés de l’islam, ne permettrait pas l’alcool. «Nous ne voulons pas abandonner notre culture et nos valeurs», a-t-il prévenu.

Des rumeurs font toutefois état de projets pour créer des centres de villégiature exclusifs pour les touristes étrangers, qui, à l’instar de nombreux complexes résidentiels d’expatriés à Ryad, auraient des normes plus souples.

Kristian Ulrichsen, associé au Baker Institute for Public Policy à l’université Rice (Houston, Etats-Unis), pense que les autorités miseront «en premier lieu sur les visiteurs locaux et régionaux, pendant que l’infrastructure touristique se développe». Mais des agences de voyages internationales prévoient déjà des voyages.

«Il y a beaucoup de potentiel, nous le savons grâce à la demande croissante dans notre base de données», déclare à l’AFP Justin Wateridge, directeur général de l’agence Steppes Travel, basée en Grande-Bretagne.

Le tourisme est un «concept nouveau» pour l’Arabie Saoudite, souligne pour sa part Khaled Batarfi, un écrivain basé à Jeddah. «Dans notre héritage tribal, servir les autres est inacceptable, sauf s’il s’agit de votre propre invité», écrivait-il l’an dernier dans le journal Saudi Gazette, appelant à la mise en place de formations destinées aux professionnels du tourisme.

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