Pareille sclérose politique n’avait pas affecté le Québec depuis la fin du régime de l’Union nationale. Les temps sont de nouveau mûrs pour un changement de paradigme et l’éclosion d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques. Bien qu’elle couve depuis le début du nouveau millénaire en sol québé­cois, cette mouvance novatrice capable d’assainir la faune politique a été exacerbée par un projet de loi privé concernant un certain amphithéâtre dans la Vieille Capitale.

La chef du Parti québécois ne devait pas s’attendre à une telle flambée de départs au sein de ses troupes. Une étincelle de trop a mis le feu aux poudres dans une forma­tion politique profon­dément tiraillée entre un courant souverainiste jusqu’au-boutiste et un autre plus étapiste, pendant qu’en coulisse se prépare un nouveau joueur de gauche capable de ravir des députés et des électeurs à l’ancien porte-étendard parlementaire de l’émanci­pation nationale. En effet, Québec solidaire gruge de plus en plus l’électorat traditionnellement péquiste, tout en se présentant comme la véritable alternative pour les indépen­dan­tistes et les progres­sistes anciennement très favorables au parti de Pauline Marois  – cette dernière ayant annoncé sa volonté de dégraisser l’État et de placer au second rang les velléités souverainistes. 

Et, en parallèle, le Parti libéral s’enfonce dans l’impopularité, tandis qu’un parti politique encore au stade embryonnaire le talonne sur sa droite et gruge un appui populaire qui lui fait cruellement défaut. François Legault et son comparse entrepreneur Charles Sirois, avec leur plateforme électorale à ce jour virtuelle, pourraient séduire bien des libéraux avec les principes de délestage temporaire de l’objectif souverainiste et de recentrage sur des priorités plus économiques si chères au monde des affaires et à la droite. En fait, le Parti libéral risque de subir le même sort que son cousin fédéral, lui aussi jadis miné par les scandales.

Par ailleurs, la formation fantôme de Legault agrippera-t-elle quelques péquistes au passage? Probablement, mais très peu, et surtout dans les franges minoritaires des souverainistes mous et des adeptes du libre marché sans entrave. Pour preuve: François Legault n’a attiré aucun autre député du PQ avec lui lorsqu’il a claqué la porte du parti.

De part et d’autre du monde politique québé­cois, la carte du ciel se reconfigurera en fonction d’une inversion inévitable des pôles politiques, tant à gauche qu’à droite.  

– Jimmy St-Gelais, Saint-Jérôme

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