«Ça serait dangereux pour le Canada d’avoir un gouvernement majoritaire conservateur», affirme le candidat libéral dans la circonscription de Bourassa, Denis Coderre. Outrage au parlement, dépenses astronomiques pour des avions de chasse et tergiversations pour harmoniser les taxes de vente : il ne mâche pas ses mots en parlant du gouvernement sortant lors de la rencontre avec Métro dans son local électoral de Montréal-Est.
«On a un choix de société à faire. Je pense que l’empereur et son régime de terreur ne représentent pas mes valeurs. Il est temps de passer à autre chose», fait-il savoir, rapportant du même souffle l’inquiétude de ses électeurs devant la possibilité que les conservateurs «tiennent le volant à deux mains».
Mais le Parti libéral (PLC) est-il en mesure de ravir le pouvoir à la troupe de Stephen Harper? Depuis le départ de Jean Chrétien et l’éclatement du scandale des commandites, la cote de popularité du PLC a effectué une dégringolade vertigineuse, ce qui s’est traduit par un recul de la présence libérale à la Chambre des communes depuis 10 ans.
Denis Coderre croit que le parti est en mesure de renverser la vapeur. «On a un leader, on a une équipe et on a une plateforme, insiste-t-il. On parle des jeunes, des personnes âgées, des aidants naturels. On dit aux gens que ce n’est pas que [les conservateurs] ne sont pas bons, c’est qu’on a quelque chose à proposer et qu’on veut faire un débat sur les idées. Pendant que M. Harper va vous garrocher de la bouette, on va vous garrocher des faits.»
Bien que Denis Coderre ait fait figure de mouton noir du parti lorsqu’il a démissionné avec éclat de son poste de lieutenant politique de Michael Ignatieff pour le Québec et qu’il a attaqué ce dernier publiquement, il se range aujourd’hui plus que jamais derrière son chef. «On a eu nos différends, convient-il. On a eu de bonnes discussions. J’en avais contre son entourage et il l’a changé. Il a écouté. C’est l’fun de démontrer qu’il peut y avoir du brassage d’idées dans
un parti.»
Le député montréalais mène actuellement sa neuvième campagne électorale. En 2008, il a supplanté son plus proche adversaire, le bloquiste Daniel Mailhot, par plus de 9 000 voix. Malgré tout, celui qui représente la circonscription de Bourassa depuis 1997 ne tient rien pour acquis. «J’ai déjà perdu, alors je fais comme si c’était ma première élection», dit-il.
Il assiste ainsi aux nombreux rassemblements organisés dans sa circonscription, en plus d’aller au «centre d’achat» pour prendre le pouls des électeurs. «Tous les dimanches, les gens me voient faire ma commande et je leur parle, dit-il. Ils ne changent pas d’allée (sic), alors ça a l’air que ça va bien.»
Denis Coderre profite aussi allégrement des réseaux sociaux pour mousser sa campagne. Il tweete à toutes les heures du jour. «C’est un trip, s’exclame-t-il. C’est l’fun. Mais [Twitter] ne remplacera jamais une poignée de main.»
Le site d’échange permet selon lui de nouer des relations privilégiées avec les gens et d’humaniser en quelque sorte les politiciens. Et son franc-parler a tout le loisir de s’exprimer sur cette plateforme virtuelle. La langue de bois, Denis Coderre connaît très peu. Il admet sans ambages être un carriériste et dit vouloir faire de la politique pour le restant de ses jours. «J’ai toujours voulu être une voix pour ceux qui n’en ont pas ou qui en ont moins», explique-t-il. Il ne précise toutefois pas quel palier de gouvernement il est prêt à représenter, lui qui est pressenti pour la mairie de Montréal.
Il retrouve sa verve lorsque le sujet de conversation est de nouveau la joute politique qui se déroule présentement. Mais pas question de parler de coalition. Son parti y joue le tout pour le tout. Il veut reconquérir le pouvoir. «La prochaine game, c’est entre Harper et Ignatieff, analyse-t-il comme un journaliste sportif. J’aime bien Jack, c’est un bon Jack, mais il ne sera jamais premier ministre. Gilles, mon pauvre Gilles, il sera dans l’opposition perpétuelle. On n’a pas besoin de gérant d’estrade. On veut être sur la glace. Le Canadien fait les séries. On a besoin de scorer.»
- En rafale
Qu’est-ce que vous détestez durant une campagne électorale?
Rien. J’adore cela. C’est mon sport national. Mais je ne supporte pas les gens irrespectueux.
Un candidat d’un autre parti que vous respectez?
Lawrence Cannon et Gilles Duceppe.
Un repas typique d’une campagne électorale?
C’est chien comme question. [rires] On mange beaucoup de poulet et une couple de roteux.
Une chose dont Montréal a besoin?
De leadership.
Si vous ne faisiez pas de politique, que feriez-vous?
Du cinéma. Je serais en avant ou derrière la caméra. Je ferais aussi de la télévision et de la radio.
La première chose qui vous vient en tête lorsque vous entendez :
Stephen Harper? Rétrograde.
Montréal? Extraordinaire.
Coalition? Pourquoi en parler?
Sénat? Une bonne deuxième opinion.
Gouverneur général? Pourquoi?