Montréal

La mémoire qui oublie

« On ne peut pas vouloir rendre hommage et le faire du bout des lèvres.»
– Stéphan Bureau, soulignant l’absence au micro de Victor-Lévy Beaulieu au 26e gala des prix Gémeaux.

Stéphan Bureau a raison. Si on rend hommage à quelqu’un, on le fait ou on ne le fait pas. Et si on le fait, on déroule le tapis rouge et on reçoit le jubilaire avec les honneurs qui lui sont dus. Si on choisit de ne pas le faire, comme c’est le cas à l’ADISQ depuis quelques an-nées, on est pris pour porter tout le poids d’une ingratitude et d’une ignorance consternantes.

En décidant de souligner le travail de Victor-Lévy Beaulieu au petit écran lors d’une confidentielle remise «hors d’ondes» – non, mais quelle superbe contradiction –, l’Académie a basculé dans le camp du ridicule. Un peu comme si l’on décidait de rendre hommage à Jean Béliveau pour ses exploits sur la patinoire… en lui orga-nisant un party dans le parking en face du Centre Bell.

Si c’est devenu une habitude de traiter avec aussi peu de délicatesse ceux et celles qui ont ouvert des portes, ça confirme à quel point notre société, pourtant encore si jeune, a déjà perdu ses repères. En fait, nous agissons comme s’il fallait qu’on fasse le ménage de notre disque dur collectif parce qu’on manque de place pour des idées nouvelles. Sommes-nous à ce point culturellement à l’étroit pour évacuer ce qui est arrivé avant avec aussi peu de discernement? J’pense pas…

Vous connaissez le vieil adage. Comment savoir où on s’en va quand on n’est même plus capable de se rappeler d’où on vient…

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Je ne reviendrai pas sur l’affaire Nelly Arcan. Tout a été dit, que pourrait-on ajouter de neuf à toute cette histoire? Néanmoins, ceci me donne envie de formuler un simple souhait. Celui de disposer d’un quart d’heure avant de mourir pour vider mon ordinateur de son contenu. Comme ça, personne ne pourra prendre la parole en mon nom quand je serai parti me reposer pour l’éternité…

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Entendu dans une capsule diffusée à l’ouverture de TVA Sports : le toujours très pondéré (!) Rodger Brulotte qui, tout sérieux, affirme que les Expos n’auraient jamais quitté Montréal si TVA Sports avait existé à l’époque. Loin de moi l’idée de freiner l’enthousiasme du monsieur, mais le fondateur de Quebecor, Pierre Péladeau – un homme qui ne se trompait pas très souvent –, avait carrément refusé de s’impliquer financièrement dans l’opération survie des Expos. Si ma mémoire est bonne, M. Péladeau-père avait même évalué la valeur de l’équipe à 20 ou 25 M$, gros max. M. Brulotte, quand vous en crémez aussi épais, vous dénigrez le jugement du père de votre grand patron, ce qui n’est pas très beau. Le silence est d’or, la parole est d’argent et parfois, la modération a tellement meilleur goût.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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