Culture

Vague de dénonciations: des célébrités adulées malgré tout?

Quelques mois après la dernière vague de dénonciations d’agressions et de harcèlement, principalement de nature sexuelle, Métro a essayé de comprendre pourquoi les fans défendaient encore certaines célébrités controversées. Maripier Morin, Éric Salvail, Éric Lapointe… les idoles peuvent en effet compter sur un soutien indéfectible, et parfois troublant, de leur public. Celui-ci s’exprime sans langue de bois sur les médias sociaux et il n’attend qu’une chose: leur retour.

«T’as pas à t’excuser Maripier», «tu va revenir avec plus d’équilibre ma belle. À plus», a-t-on pu lire dans certains commentaires de nos publications Facebook concernant Maripier Morin. En juillet dernier, la vedette était dénoncée par l’artiste Safia Nolin pour des faits de harcèlement, d’agression et de racisme, notamment. Elle choisissait alors de présenter des excuses publiques et de mettre sa carrière sur pause tout en cherchant de l’aide. Rappelons qu’aucune poursuite judiciaire n’a pour le moment été engagée à son encontre.

Les admirateurs de Maripier Morin prennent sa défense sans doute parce que «la conception qu’on a de la violence varie d’une personne à l’autre», d’après le psychologue Normand Aubertin. La méconnaissance et la perception des comportements condamnables, particulièrement lorsqu’ils sont rattachés à la violence et au harcèlement sexuels, seraient donc en cause.

«Si l’on prend l’exemple d’Éric Lapointe, qui a pris une femme à la gorge, en temps normal on trouverait son geste répréhensible. Mais dans son cas, certains sont susceptibles de dire que la victime l’a bien cherché ou qu’il n’aurait pas fallu lui parler parce qu’il était en état d’intoxication», précise-t-il. Et d’ajouter «quand notre définition de la violence s’applique à nos idoles, elle peut être assouplie».

Toujours dans le cas Maripier Morin, Pierre Barrette, directeur de l’École des médias de l’UQAM et codirecteur du Laboratoire de recherche sur la culture de grande consommation et la culture médiatique au Québec, abonde en ce sens. Selon lui, il existe un jeu subjectif par rapport à la gravité de ce qui est reproché. Un système qui se complexifie d’ailleurs lorsqu’il s’agit d’accusation d’agression sexuelle.

Je tweete donc je suis

«Certains pourraient penser que les actes qui lui sont reprochés ne sont pas suffisamment sérieux pour lui enlever leur soutien», avertit-il.

«Si Morin a arrêté lorsque Nolin a dit non, je vois pas où est le harcèlement»; ou encore «Un geste et des paroles déplacées? Probablement. Mais agression et harcèlement? Désolée mais je n’embarque pas!», ont ainsi écrit sur nos publications en ligne certaines supportrices de Maripier Morin.

Normand Aubertin va plus loin dans l’analyse du cas Nolin/Morin. «Au contraire de Safia Nolin, Maripier Morin rentre dans les standards de beauté de notre société. Si les rôles avaient été inversés, je ne suis pas sûr que le public aurait pensé et réagi de la même façon. On perçoit beaucoup la violence chez les hommes, mais certaines femmes le sont aussi même si on ne veut pas regarder cette vérité en face», commente-t-il. Dans ces situations, le bon sens voudrait que «l’image de la victime n’ait pas d’impact».

Bien qu’elle ait reconnu que ses agissements n’étaient pas corrects, «les gens à l’extérieur de l’affaire ne le voient pas et n’entendent pas ses excuses», dit le psychologue.

«Avouons que notre société est misogyne et qu’on a encore du chemin à faire quant à la perception, à l’intervention auprès des femmes victimes.» –Normand Aubertin, psychologue

Le phénomène à prendre en considération également est l’expression de tout un chacun sur les réseaux sociaux. «Puisque Donald Trump, le président des États-Unis, lui-même se permet de lancer des invectives sur Twitter, pourquoi tout le monde ne pourrait pas le faire, après tout?» s’interroge Normand Aubertin.

Dans cette lignée, on peut constater sur Facebook, entre autres, l’apparition de groupes privés en soutien aux personnalités mises en accusation. Celui dédié à l’animateur Éric Salvail, dont le procès se déroule en ce moment, compte environ 7500 membres, et celui créé en support à Maripier Morin… près de 23 000!

«Ces personnes sont des idoles dans l’esprit des gens qui les aiment. Et une idole, par définition, est quelqu’un qu’on vénère, un peu comme un demi-dieu. Ça en prend beaucoup pour qu’elle tombe de son piédestal», explique Pierre Barrette, en faisant référence au vedettariat de Hollywood. «Il y a beaucoup de célébrités adulées qui ont continué à avoir des fans malgré des problèmes avec la justice. Plus on se passionne pour une personne, plus il en faut pour se détacher», prévient-il, alors que les dimensions psychologiques et médiatiques se confondent nécessairement dans ces circonstances.

«Une célébrité peut être admirée pour son style de vie paradoxal et un peu osé, une attitude irrévérencieuse. Dès lors qu’elle fait face à une accusation de voie de fait, par exemple, ce qui est reproché peut même devenir un moteur d’amour, voire nourrir l’attachement», poursuit le spécialiste des médias.

«Parce qu’elles nous font ressentir une émotion plutôt agréable, on se retrouve dans ces personnes-là. C’est le concept d’identification. On peut en venir à ignorer, et parfois invalider, leurs autres traits de personnalité. Et parce qu’on ne veut pas renoncer à les aimer, on va jusqu’à nier ce dont elles sont accusées», développe Normand Aubertin.

Et Pierre Barrette appuie: «Si notre amour pour ces personnalités passe par le biais des médias et d’une image construite, c’est facile d’en faire une icône idéalisée.»

Enfin, Pierre Barrette n’a aucun mal à imaginer qu’une femme populaire comme Maripier Morin puisse revenir sous les feux de la rampe. «Ce dont ont l’accuse apparaît presque sans gravité dans l’esprit de beaucoup. On le voit bien dans les discussions sur les réseaux sociaux», dit-il. «Son spectre professionnel est très large donc elle a des possibilités de retour multiples», conclut-il.

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