Si un peintre refuse de peindre, est-il toujours un peintre? Quels sont les critères auxquels doit répondre un tableau? Si un artiste dit à propos d’une peinture qu’il ne s’agit pas d’une peinture, qu’est-ce que c’est, alors?
Ces questions ésotériques sont au cÅ“ur de la nouvelle exposition Joan Miró : Painting and Anti-Painting 1927-1937 lancée dimanche au Musée d’art moderne de New York (MoMA). Miró a travaillé intensément au cours de cette décennie-là à une douzaine de séries de «contre-Å“uvres», qui constituent la réponse de l’artiste espagnol aux cadres traditionnels de la peinture.
Le mélange entre les Å“uvres reconnues du peintre rebelle et celles qui le sont moins poussent la curatrice du MoMA, Anne Umland, à dire que de «nouvelles réponses» émaneront de cette exposition.
Une Å“uvre contrastée
Miró est reconnu pour ses couleurs et les formes abstraites de ses Å“uvres. Les contrastes de bleus, de rouges et de verts entrecoupés de lignes noires ont donné naissance à de nombreuses créatures à la tête surdimensionnée et au visage parfois agressif.
Ses toiles peuvent être chargées de plusieurs créatures ou de cercles hachurés aux couleurs vives. Des portraits plus traditionnels datant du milieu des années 1920 sont aussi exposés au MoMA, à l’heure où Miró développait sa démarche artistique.
Les années 1920 et 1930 ont été une période faste en expérimentations et en chambardements dans le domaine des arts. Les souvenirs de la Première Guerre mondiale étaient toujours frais à la mémoire des artistes, et la guerre civile espagnole faisait rage dès 1936, alors qu’un deuxième conflit mondial se profilait à l’horizon. Pablo Picasso et Georges Braque lançaient au même moment le cubisme, procédé artistique qui allait révolutionner l’univers de la peinture et allait déboucher sur le surréalisme.
Empruntant certains éléments aux théories de l’époque, Miró avait déclaré qu’il voulait «assassiner la peinture». Il a alors abandonné les modes de représentation traditionnels de la peinture au profit de nouveaux matériaux, dont les boîtes de carton et les feuilles de métal.
Redéfinition de l’art
Selon Mme Umland, Miró «a redéfini son art» sans essayer de réinventer la peinture. Cette décennie tumultueuse d’expérimentations ne visait pas à ébranler les fondements de la peinture, mais à pousser ses propres notions en redéfinissant son univers. C’est ainsi qu’il a commencé à introduire dans ses Å“uvres des plumes d’oiseau, des cordes et des morceaux de métal plutôt que de les représenter.
Parmi les Å“uvres les plus intéressantes de l’expo, on remarque la série de collages intitulée Collage/Study for Painting de 1933. Miró avait collé des photos découpées sur une toile pour donner l’impression d’une Å“uvre spontanée, alors que chaque élément était prémédité.
L’exposition du MoMA de New York laisse entendre que le peintre avait conclu sa démarche artistique en 1937, année où il est revenu à des formes plus traditionnelles, selon les «véritables» règles de la peinture. Toutefois, ses dernières Å“uvres reviennent à ses influences des années 1920.