Quatrième île de l’archipel hawaïen en importance (1 435 km2), Kaua’i est la plus âgée des îles principales, sortie des eaux il y a au moins 5 millions d’années.
Attaqué de toutes parts par l’érosion, son volcan formatif a depuis longtemps déjà commencé à fondre, subsistant sous la forme du Wai’ale’ale, qui culmine à 1 569m d’altitude. Là-haut, sur les crêtes inaccessibles, s’abattent chaque année
12 m de pluie, qui font de Kaua’i l’île la plus arrosée de la Terre! Sculptant la roche, les précipitations ont donné jour à la plus belle, la plus verte, la plus luxuriante des îles hawaïennes, justement surnommée «l’île jardin». Chutes d’eau, forêts d’altitude, falaises sculptées de la côte de Na Pali, tout y concourt pour offrir l’image du paradis tropical. Kaua’i abrite l’inattendu et superbe canyon de Waimea, le «Grand Canyon du Pacifique».
Presque ronde quand on la regarde sur une carte, Kaua’i offre en fait une succession incroyable de paysages uniques et torturés. Au nord, des vallées profondes entaillent la côte de Na Pali, à l’invraisemblable forêt de falaises. À l’ouest, le canyon de Waimea s’engouffre au cÅ“ur de l’île sur près de 900 m de profondeur. Et, sur le plateau marécageux d’Alaka’i, veillé par les plus hauts sommets et baigné par les brumes et les chutes d’eau, survivent à l’abri du monde des espèces floristiques et fauniques parmi les plus rares de l’archipel.
La générosité des pluies a permis à Kaua’i de développer, dès 1835, la première grande plantation de canne à sucre d’Hawaii. Aujourd’hui, les champs ont pour beaucoup cédé la place à des vergers de goyaviers, de papayers, et à des pans entiers de caféiers. La moins peuplée des grandes îles, comptant environ 62 500 habitants, Kaua’i conserve en partie un charme rural qui fait de plus en plus défaut à Hawaii.
Dans la partie ouest de Kaua’i, un ruban de goudron tortueux grimpe entre ravins et forêts vers les montagnes centrales, offrant une occasion unique de découvrir le cÅ“ur secret de l’île. En une trentaine de kilomètres, il aborde deux des plus beaux sites d’Hawaii : le Canyon de Waimea et le parc national Koke’e, situé au pied des plus hauts sommets dominant les falaises saisissantes et les vallées imprenables de la côte de Na Pali.
Canyon de Waimea
Moins profond que le Grand Canyon, bien plus jeune aussi, mais tout à fait inattendu sur une si petite île, le Canyon de Waimea incise la partie ouest de Kaua’i d’un sillon nord-sud. Il s’étire sur une quinzaine de kilomètres et se creuse, au maximum, près de 900 m. Tailladée par les eaux de pluie, excavée par la rivière Waimea, la roche est mise au jour, exposant une latérite qui contraste superbement avec le vert de la végétation. Dans les vallées tributaires cascadent chutes d’eau permanentes ou temporaires et arcs-en-ciel fréquents. Peu à peu, les champs de canne à sucre couvrant les pentes basses cèdent la place à la forêt : au fur et à mesure de la montée, koa (acacias), ‘ohi’a et eucalyptus imposent de plus en plus leur présence.
Différents belvédères permettent de profiter de points de vue spectaculaires sur le canyon. Le Waimea Canyon Lookout est sans aucun doute le plus beau d’entre eux. Sur l’autre versant se découpent les vallées escarpées des rivières Koaie et Wai’alae. Souvent, l’après-midi, lorsque les nuages lourds de pluie jouent à cache-cache avec le soleil, des arcs-en-ciel s’accrochent aux pans des vallées. Le Pu’u Hinahina Viewpoint est, quant à lui, le plus élevé des belvédères dominant le canyon. Dans les airs planent souvent des phaétons à queue blanche. On peut aussi parfois observer des oiseaux forestiers hawaïens. Déjà, au nord, s’annonce le plateau de Koke’e, avec sa forêt de koa.
Parc national Koke’e
Cerné de toutes parts par un écran de quatre réserves forestières, le parc national Koke’e, qui s’étend en grande partie sur un plateau d’altitude, entre 1 000 m et 1 300 m d’altitude, englobe 1 759 ha d’une forêt d’ohi’a et de koa. Seule véritable porte d’accès à l’intérieur sauvage de «l’île jardin», le parc est sillonné d’une multitude de sentiers permettant de découvrir une flore et une faune encore en partie préservées.
Les espèces endémiques ailées sont ici plus présentes qu’ailleurs: ‘i’iwi, ‘apapane, ‘anianiau, ‘elepaio, etc. Mais en plus d’offrir la possibilité d’explorer la zone sommitale de l’île, laissée aux seuls randonneurs, le parc national Koke’e révèle à tous d’imprenables points de vue sur les vallées tailladant les flancs du plateau, au nord : Honopu, Kalalau, etc.
Le parc compte pas moins de 70 km de sentiers, dont les plus beaux, entre crêtes et à-pic, au pied des montagnes centrales gorgées d’humidité, se nomment Nu’alolo, Awa’awapuhi et Alaka’i Swamp Trail, qui pénètrent dans l’une des forêts les mieux préservées d’Hawaii. Çà et là, des points de vue stupéfiants se révèlent sur des vallées isolées, inaccessibles.
Tous peuvent constituer des randonnées d’une journée, mais on peut aussi préférer des sentiers plus courts : le Nature Trail et l’Iliau Nature Loop, deux endroits où le nom des plantes est indiqué.
Une île bien particulière
Kaua’i est vraiment une île à part dans le paysage hawaïen. La plus nordique, la plus occidentale de l’archipel principal, située à 110 km d’O’ahu, elle est aussi celle dont les habitants sont le plus indépendants d’esprit. Certains affirment qu’elle fut la première à être habitée – un rôle que revendique aussi Big Island.
Là-bas, ces affirmations s’ancrent dans le rêve : à Kaua’i auraient vécu les menehunes, ces petits hommes travailleurs peuplant les légendes de l’île. Ils seraient peut-être liés aux premiers colons marquisiens, disent certains historiens, accordant aux mythes leur part de réalité. Une chose est certaine : Kaua’i fut bien, grâce au capitaine Cook, la première île hawaïenne découverte par l’Occident, en 1778.