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Évasion

Hawaii: destination surf

Claude Hervé-Bazin - Guides de voyage Ulysse

Pratiqué de longue date par les Polynésiens – et les Polynésiennes -, le surf (he’e nalu) est sans doute arrivé à Hawaï avec la seconde vague de migration en provenance de Tahiti.

Un peu d’histoire
À Hawaii, sa pratique, très codifiée, imposait des usages stricts. La seule coupe d’un arbre pour tailler une planche demandait l’observation de rituels précis. Des prières étaient aussi dites pour que les dieux consentent à produire de belles vagues. Hommes, femmes, ali’i (nobles) et membres du peuple, surfaient tous. Les jours les plus fastes, les villages et les champs se vidaient de leur population. Mais les choses, là aussi, ne se faisaient pas n’importe comment.

Ainsi, les ali’i avaient accès aux meilleurs endroits et étaient les seuls à avoir le droit d’utiliser la longue planche (olo) en wiliwili (une essence endémique), qui pouvait atteindre sept mètres. Épaisse de 10 cm, celle-ci pesait souvent   plus de 70 kg. Les autres devaient se contenter d’une planche moins prestigieuse de deux mètres de long. Bien souvent, les Hawaïens se mesuraient lors de compétitions sur lesquelles ils pariaient avec frénésie…

Après avoir failli disparaître à cause des missionnaires, qui le jugeaient futile, le surf connut une première renaissance sous l’impulsion du roi David Kalakaua – qui surfait lui-même -, puis de l’Outrigger Canoe Club, en 1908. C’est à cette époque qu’apparut un certain Duke Kahanamoku, futur médaillé d’or de natation aux Jeux olympiques de Stockholm et grand promoteur du surf. C’est lui qui le fit connaître en Australie, d’où il conquit le reste du monde. À Hawaï, les premiers surfeurs continentaux débarquèrent du­rant l’hiver 1954. S’installant dans des cabanes à trois sous sur la plage, ils lancèrent un mode de vie qui, près d’un demi-siècle plus tard, en est venu à symboliser tout l’archipel.

Des vagues pour tous
Aujourd’hui, deux mondes coexistent sans se mêler : celui des amateurs de haut vol et celui des touristes. Les premiers, qui ont souvent fait du surf un métier, affrontent sur les côtes septentrionales des îles, en hiver, les plus gros rouleaux de la planète. Les autres se contentent de vagues raisonnables.

Les quatre îles principales d’Hawaï disposent toutes d’écoles de surf, généralement ouvertes par d’anciens professionnels, en particulier à Waikiki, à Lahaina et à Ka’anapali sur l’île de Maui, ou encore à Po’ipu (Kaua’i). On peut apprendre, au choix, sur une planche standard ou sur un longboard. Les deux  disciplines sont pratiquées à Hawaï, et chacune possède ses aficionados et ses spots favoris. Mesurant trois mètres de long, le longboard permet aux novices de trouver leur équilibre un peu plus facilement. La location, pratiquée dans tout l’archipel, oscille entre 15 $ et 25 $ par jour – de 65 $ à 100 $ pour la semaine entière.

Le meilleur du surf hawaïen
Dans l’île d’O’ahu, tous les grands surfeurs se donnent rendez-vous sur le North Shore, où, en hiver, les rouleaux nés au large de l’Alaska déferlent avec puissance. Le spectacle est le plus souvent au rendez-vous sur Sunset Beach et juste à côté, à l’Eh­ukai Beach Park, site des fameux spots de Pipeline et de Banzai. Plus calme, la su­per­be plage de Makapu’u offre un autre tableau : celui du surf en famille, de 7 à 77 ans.

Le tableau est un peu le même à la fameuse plage de Waikiki, les touristes en plus. Dès le lever du jour, ils débarquent, la planche sous le bras. Si les rouleaux de Waikiki ne sont plus ce qu’ils étaient, des centaines d’amateurs – japonais pour bon nombre -, attirés par la légende, s’y essaient encore chaque jour au sport des dieux. Tout débute généralement à terre, sur la plage de Kuhio ou de Waikiki proprement dite, par un cours d’équilibre et de positionnement. La plupart des écoles garantissent à leurs élèves de réussir à tenir debout sur une planche en 24 heures et de parvenir à surfer à peu près correctement dans la semaine.

Autre paradis de la glisse, l’île de Maui attire aussi bien les  surfeurs, les kitesurfers que les véliplanchistes. Tous se partagent les meilleurs sites, en particulier sur la côte-nord centrale, du Kanaha Beach Park à Ho’okipa. C’est au large de cette dernière qu’en hiver se forment les monstrueuses déferlantes de Jaws. Des vagues qui peuvent parfois atteindre 20 m de haut et sur lesquelles on se fait déposer en hélicoptère, tant elles sont dangereuses! De nombreux surfeurs se donnent aussi rendez-vous à West Maui : du haut des falaises de Nakalele Point, à l’orée de la Honokohau Bay, la vue est fantastique.

Le holua, le surf… terrestre!
Non seulement le surf a-t-il été inventé par les Polynésiens, mais en plus ces derniers pratiquaient un autre sport, plus étonnant encore : le… surf terrestre! Des pistes en pierre, couvertes de boue et d’herbes glissantes, souvent longues de près de deux kilomètres, étaient ainsi aménagées sur les pentes des montagnes pour la pratique du holua. Les spectateurs semblent avoir parié de manière importante sur ces épreuves surprenantes. Une fois au moins dans l’histoire, le vainqueur d’une compétition, Umi, remporta le titre de chef de Big Island, qui aurait dû revenir à son aîné, qu’il avait défait.

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