De nombreuses destinations donnent aux visiteurs une vague impression de plonger dans l’histoire du lieu, mais l’île d’Ibo, au Mozambique, est si bien préservée, étonnamment, qu’elle semble catapulter le visiteur dans le passé.
Lors d’une promenade nocturne dans les rues obscures et sablonneuses de l’île d’Ibo, le bruissement léger des palmiers est la seule chose qui couvre les cris aigus des enfants jouant au clair de lune. Située dans l’archipel isolé des Quirimbas, au nord du Mozambique, l’île d’Ibo n’est pas comme la plupart des îles tropicales. Elle a une âme.
Pittoresque et peu touchée par la modernité, cette petite parcelle de terre, à 15 minutes de vol en aéronef de faible tonnage depuis la ville de Pemba, sur le continent, était autrefois l’un des endroits les plus riches et influents du sud de l’Afrique. Personne ne peut le soupçonner en se promenant dans ses rues. Coincés dans une distorsion spatiotemporelle, les immeubles coloniaux splendides qui bordent les rues non pavées sont intacts depuis la chute brutale et tragique de l’île d’Ibo.
Malgré son titre de municipalité, des années de troubles civils ont eu sur l’île un effet dévastateur. Les résidants portugais, bien nantis, qui étaient arrivés en 1522, se sont déracinés et enfuis soudainement. L’île d’Ibo a accusé un autre coup terrible lorsque les industries et les bureaux administratifs ont été transférés à Pemba durant les années 1970.
Les anciens hôtels particuliers et les immeubles majestueux qui abritaient autrefois des banques, des écoles et des hôpitaux sont maintenant délabrés. La peinture s’écaille en gros lambeaux, et les troncs d’arbre entortillés grimpent sur les structures de pierre qui se désagrègent. Chose étrange, ils sont franchement captivants.
Comme il n’y a pas d’électricité, il est plutôt ironique que le mot Ibo soit une abréviation d’une traduction du portugais qui signifie «île bien organisée». Les Portugais, tout comme les Arabes et les Hollandais, étaient impressionnés par l’abondance d’eau douce sur l’île. Peu après mon arrivée et mon installation dans la chambre haute de plafond que j’avais louée dans un hôtel exquis, l’Ibo Island Lodge, le seul établissement luxueux de l’île, lequel donne sur des palétuviers luxuriants et des vasières, je suis parti pour une promenade tranquille dans le centre-ville compact, où les gens du coin se blottissaient à l’ombre des grands amandiers, et j’ai pris la direction du fort de Soa Joao.
Érigé en 1791 pour contrer les attaques des forces hollandaises et malgaches, il fait partie d’un ensemble de trois forts. Les autres datent de 1609. Étincelant d’un vif éclat sous le soleil intense, les cellules étroites de ce fort blanc de forme pentagonale servaient à détenir des esclaves, qui vivaient dans des conditions épouvantables. Tous les soirs, la marée inondait les cellules, ce qui les forçait à dormir en position debout. Au niveau supérieur se trouvait la collection impressionnante de canons positionnés de façon stratégique. À cet endroit, la vue sur la partie interne de l’île d’Ibo, verdoyante avec ses palmiers, ses manguiers et ses baobabs, et l’océan cobalt infini est simplement sublime.
Côté plages tropicales directement tirées de dépliants touristiques imprimés sur papier brillant, il ne faut pas s’attendre à grand-chose, mais il est fascinant de passer un après-midi sur l’étendue de sable entourant le petit port. Assis tranquillement à cet endroit, j’observais les gens du coin s’occuper des choses auxquelles ils attachent le plus de prix : des bateaux de toutes les formes et de toutes les tailles.
Au moyen d’un seau orange clair, un garçon vidait méticuleusement l’eau qui s’était infiltrée dans son bateau de pêche bringuebalant, alors qu’un boutre imposant entrait en douceur dans le port. Ses voiles élégantes, une invention autrefois révolutionnaire, se gonflaient sous la brise, comme elles le font depuis des siècles. Naturellement, personne n’a sourcillé.
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