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Ahuntsic-Cartierville

Sexe à Montréal : une industrie florissante

Où se situe Ahuntsic-Cartierville dans le tableau dressé par la Concertation de lutte contre l’exploitation sexuelle (CLES)? L’arrondissement se classe en sixième position par rapport à l’offre de prestations sexuelles à Montréal et la prostitution de rue est toujours pratiquée.

La CLES a répertorié 1077 lieux de pratiques du commerce du corps répartis sur Montréal, Laval et la rive-nord ainsi que Longueuil et ses environs. Le document dénombre 420 adresses clairement identifiées dans le grand Montréal. Une étude menée en 2011, par le même organisme, évaluait le nombre de lieux physiques liés à l’industrie du sexe à 339. On souligne aussi que le nombre de masseuses et escortes indépendantes est estimé à 443, en 2013.

La majorité des lieux de débauche sont des salons de massage érotique qui sont pour Diane Matte, intervenante au CLES, « les bordels contemporains. Tout le monde le sait, tout le monde se tait et fait semblant que ce n’est pas vrai », note-t-elle.

Pour les besoins de cette étude, 109 femmes ont répondu à un questionnaire et parmi elles, 23 ont été rencontrées en entrevue de deux heures. Les répondantes sont âgées de 17 à 60 ans et 71 % d’entre elles sont des femmes de la majorité quand 21% sont des autochtones et 8 % sont issues des minorités visibles.

Si l’étude montre que 79 % des personnes interrogées avaient 25 ans à leur entrée dans la prostitution, Geneviève Szczepanik, une des universitaires qui a dirigé la recherche, raconte qu’une travailleuse du sexe avait été vendue par son grand-père « à des amis agresseurs d’enfants ». L’âge moyen des mineures au moment de leur entrée dans l’industrie – 37 % des répondantes – est 14 ans et demi.

Les voies pour s’en sortir

« Nous ne sommes pas dans une démarche moralisatrice, relève Dianne Matte. On se demande seulement quelles solutions sont offertes aux femmes qui veulent sortir de l’industrie du sexe », souligne-t-elle.

Les chercheuses ne cachent pas leur démarche féministe et abolitionniste. L’étude a été effectivement menée auprès de femmes qui sont déjà sorties de la prostitution pour plus de la moitié d’entre elles, alors que les autres pensent à le faire.

Le CLES identifie les principales causes d’entrée des femmes dans la prostitution, qui sont le besoin d’argent et la toxicomanie. Selon leur document, à peine 5 % d’entre elles ont été attirées par goût ou curiosité. L’organisme étudie aussi les raisons de leur maintien dans cette industrie. Au-delà de l’abolition ou la lutte, le CLES opère une action. « Il ne faut pas que les hommes pensent que c’est normal d’acheter des actes sexuels et que les jeunes femmes se disent que c’est correct de faire de l’argent de cette façon », signale Diane Matte.

Dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville

Il y a toujours des prostituées dans la rue

« Il y a des rues identifiées, il y’en a d’autres où se déplacent les prostituées, confirme Benoit Amyot, commandant du Poste de quartier (PDQ) 27. Cependant, le plus gros de notre action dans la rue a eu lieu en 2010, ce qui a beaucoup diminué la prostitution de rue. »

« C’est surtout aux abords des ponts, dans certaines avenues centrales », indique Chantal Ismé, intervenante à la CLES. Elle peut se prononcer de manière catégorique sur ce sujet puisque son organisme élabore actuellement une étude similaire à celle qui a été faite pour Montréal, spécifiquement pour Ahuntsic.

C’est un portrait commandé par la communauté d’intérêts sur la prostitution d’Ahuntsic et financé par la députée de Crémazie, Diane de Courcy.

Outre la députée provinciale, on retrouve autour de la table de la communauté d’intérêts, la députée fédérale, Maria Mourani, la conseillère de ville pour le district d’Ahuntsic, Émilie Thuillier avec un membre de l’administration de la ville pour représenter l’arrondissement, le PDQ 27 et d’autres organismes concernés par le phénomène.

Si les salons fermaient

« Nous voulons connaître les ressources existantes et les besoins pour aider les femmes qui veulent se sortir de la prostitution », explique Mme Thuillier.

Au moment où le nouveau maire de Montréal se dit prêt à fermer les salons de massage érotiques, il est vrai que peu de choses ont été dites quant aux alternatives offertes aux travailleuses du sexe.

Alors que les chercheuses du CLES se définissent comme féministes et abolitionnistes, Mme Thuillier souligne que la communauté d’intérêts « n’a pas voulu se donner d’étiquette ». Au bureau de la députée Diane de Courcy, on admet que la méthodologie de recherche est la même que celle adoptée pour Montréal.

Sous surveillance

Le portait de l’industrie du sexe à Montréal de la CLES identifie à Ahuntsic-Cartierville, un bar de danseuses et 18 salons de massage érotique.

Pour ces derniers, le commandant Amyot ne va pas par trente-six chemins, « ils sont toujours sous surveillance. » Il avoue toutefois que les lieux deviennent d’intérêt quand il y a des plaintes de citoyens. Pour lui, la prostitution recouvre d’autres activités criminelles notamment la consommation et la vente de stupéfiants. « La prostitution est une de nos priorités. Quand des gens en vivent, cela indique qu’il y a de la traite de personne à des fins d’exploitation sexuelle et ce qui nous interpelle le plus, c’est lorsqu’il y a des mineurs qui sont exploités. »

Trois salons de massage fermés en deux ans

Le PDQ 27 a noté 18 événements liés à la prostitution en 2010, 22 en 2011 et 52 en 2012. Ces événements sont autant des arrestations, des descentes de police ou des enquêtes après réception de plaintes de citoyens. Par ailleurs, les salons de massage Pink et Omega ont été fermés en 2012 et Spa Sublime en 2013, pour activités prostitutionnelles.

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