Les 300 spectateurs attendent le début du show. La salle arbore des couleurs chaudes, sans doute pour oublier les températures extérieures. Une pluie de parapluies est suspendue au plafond, comme pour conjurer le sort qu’a connu cet été le Festiblues.
Ce soir, le spectacle ne sera perturbé par aucune intempérie.
«Cela fait deux semaines que les artistes préparent ce concert. Ils ont répété dans le studio de Martin Deschamps et je peux vous dire qu’ils n’ont pas fait les choses à moitié. On devrait avoir un spectacle digne d’une tournée», a prévenu Martin Landry, vice-président du Festiblues, quelques minutes avant que résonnent les premières notes.
Comme un symbole, le concert s’ouvre par un tube de Jim Zeller, un enfant du quartier: Montréal, c’est le blues qu’on aime. En contraste avec le rouge de la scène, le public s’était paré de bleu.
«Des badges luminescents « Bluesons » ont été distribués aux Ahuntsicois qui se sont mobilisés pour sauver leur festival», explique Martin Landry. Les mains s’agitent, le blues commence.
Au son de l’harmonica, Guy Bélanger fait son entrée. Il est visiblement très ému. Le public ne peut résister au rythme qui swing. Les mains battent la mesure, les pieds tapent sur le sol frénétiquement.
Jusque-là en accompagnement, Breene Leboeuf rejoint le devant de la scène. La basse et la guitare se déchaînent et électrifient un public à l’enthousiasme croissant.
«Et cela ne fait que commencer», prévient Bob Walsh en rejoignant la fête à son tour. La suite, c’est Melissa Bell, artiste montante torontoise.
Melissa souhaite pour l’occasion un joyeux anniversaire à Bob Walsh, dans un traditionnel «Happy Birthday», en prenant à partie le public. Un timbre sucré qui n’est pas sans rappeler une certaine Marylin Monroe.
Cerise sur le gâteau, Melissa profite de la présence de Nanette Workman. Martin Landry a le sourire: «Nanette est l’idole de Melissa. C’était une belle occasion pour elle de mieux faire connaissance.»
La deuxième partie repart de plus belle, exorcisant de nouveau le mauvais temps. Ainsi, Martin Deschamps provoque le ciel avec son titre Tombe la pluie.
Le final rassemble tous les artistes sur scène au son de People Are Ready. Nanette Workman se lâche et la salle se lève comme un seul homme dans une ambiance électrisante.
Une chose est sûre, la pluie est bien loin ce soir.
«On sera là l’année prochaine»
Depuis 14 ans, le Festiblues est un succès jamais démenti avec des affluences allant jusqu’à 80 000 spectateurs.
La 15e édition aurait pu cependant être la dernière, en raison de conditions climatiques effroyables. Seulement 8000 visiteurs avaient bravé la pluie, entraînant un déficit proche des 100 000$.
«Dès le dernier jour du festival d’été, toute l’équipe s’est mobilisée. Nous avons très vite pensé à un concert-bénéfice afin de combler le déficit», raconte Martin Landry. C’est ainsi qu’est né «Bluesons sans la pluie».
Le concert a été accueilli le 24 novembre à la maison de la culture Ahuntsic-Cartierville. Tous les artistes ont accepté de se produire bénévolement, tout comme les techniciens de la société APL. Chacun d’eux s’est déjà produit au Festiblues.
Martin Landry se félicite également de l’implication des habitants de l’arrondissement. «Tous les billets ont été vendus rapidement. On a senti un grand soutien, notamment de la part des commerçants de la rue Fleury. La plupart des personnes présentes au concert sont du quartier. Grâce à eux, on sera là l’année prochaine.»
(Hadrien Larribère)