Le projet du promoteur Musto, comprenant 932 unités d’habitation réparties en huit tours à condos de huit à douze étages, souffre de plusieurs lacunes soutiennent les élus.
En plus de contourner les principes du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal, les études préliminaires présentées en appui au projet sont jugées incomplètes.
Hausse de la criminalité
Pour la criminologue et députée d’Ahuntsic à Ottawa Maria Mourani, la proximité du site au Centre de détention Tanguay pose problème. Avant d’entériner un projet immobilier d’une telle envergure, la Ville de Montréal, par devoir de précaution, doit demander au ministère de la Sécurité publique de faire une analyse des problèmes de sécurité que peut poser la construction d’immeubles adjacents à la prison a-t-elle insisté.
L’idée d’installer un tel complexe d’habitation sur ce site est d’autant plus surprenante lors qu’on sait qu’actuellement, tous les projets de construction de prisons au Québec se situent dans des zones peu ou pas habitées rappelle aussi Mme Mourani.
La proximité entre le site du promoteur et le centre correctionnel rendrait les unités d’habitation intéressante pour les organisations criminelles opérant le marché de la drogue carcérale estime la députée.
Penser davantage aux familles
Pour le conseiller de Vision Montréal, Étienne Brunet, le projet doit être revu dans son ensemble en faveur d’une planification détaillée et concertée, intégrée à une vision globale de développement du secteur Henri-Bourassa Ouest.
«Ce qui est souhaitable c’est la recherche d’équilibre entre un développement à échelle humaine représentatif du quartier et des habitations appropriées pour garder nos familles à Montréal», a ajouté M. Brunet.
Vision Montréal recommande donc une redéfinition du projet qui prendrait en compte une intégration architecturale au quartier, le repositionnement du parc projeté afin d’en faire un outil de «désenclavement du secteur» et un rehaussement de la superficie consacrée au commerce.
M. Brunet déplore également que dans les détails actuels du projet Musto, très de peu de place est offerte aux familles : de 20 à 25% des unités locatives disposeront de plus de trois chambres.
Inacceptable
Pour la conseillère de ville d’Ahuntsic Émilie Thuillier, le projet Musto est, dans son état actuel, «inacceptable». En proposant un alignement d’immeubles massifs, le projet ne respecte pas l’identité du quartier dans lequel il sera intégré.
Mais le nœud du problème pour Mme Thuillier et l’équipe de Projet Montréal s’articule autour de trois sujets insuffisamment documentés par le promoteur. La capacité d’accueil des écoles avoisinantes, les risques d’une augmentation de la criminalité et la hausse de la circulation locale.
Ce dernier point est particulièrement litigieux puisque la proximité de la gare Bois-de-Boulogne n’assure pas à elle seule le recours des nouveaux habitants au transport par train. Pour ces raisons et pour le refus de M. Musto à consulter la population, Mme Thuillier ne peut cacher son malaise vis-à-vis ce projet.