Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le vérificateur général du Canada lance un avertissement au gouvernement libéral, l’exhortant à articuler l’action des ministères fédéraux «autour des citoyens et non des processus».

Dans un rapport de mi-mandat déposé mardi en Chambre, Michael Ferguson montre des signes grandissants d’impatience face à la machine gouvernementale fédérale et certains de ses engrenages qui «sont incapables d’évoluer» pour «offrir un bon service» aux citoyens canadiens.

Peu de ministères sont épargnés dans les audits du vérificateur général — tous semblent atteints du même symptôme: ils affichent des lacunes en matière de reddition de comptes et peinent à offrir «un bon service», ce qui est une source de «frustration croissante» chez les citoyens, tranche-t-il.

Le bureau de M. Ferguson cite en exemple le plan «Par-delà la frontière». Le projet doté d’un budget de 1,1 milliard $, dans lequel ont été investis 600 millions $ jusqu’à présent, devait faciliter la circulation des biens et des personnes à la frontière canado-américaine et renforcer la sécurité.

Or, le gouvernement ne peut prouver que la circulation est plus fluide ou que la sécurité nord-américaine s’en porte mieux. Et on trouve dans un rapport sur le plan adopté en 2011 un «tableau incomplet et inexact des progrès accomplis et des coûts engagés», juge-t-il.

L’agent du Parlement fustige aussi le traitement que réserve le gouvernement fédéral aux Autochtones. Année après année, Ottawa se fait rappeler par le bureau du vérificateur général à quel point la disparité de traitement entre les peuples autochtones et non autochtones pose problème.

Dans le présent cas, il soulève que moins du tiers (31 pour cent) des détenus autochtones se voient accorder des libérations conditionnelles, comparativement à 48 pour cent pour les détenus non autochtones.

Les Autochtones ne sont guère mieux servis par le ministère des Affaires autochtones, où l’opacité et les compressions budgétaires ont entravé le règlement de certaines revendications des Premières Nations, s’inquiète le bureau du vérificateur général.

«Considérant les résultats de ces audits et de ceux qui les ont précédés, je dois dire que la situation actuelle est plus qu’inacceptable», a dénoncé Michael Ferguson dans un message joint à son rapport.

S’ajoutent à ce constat ceux effectués du côté de Transports Canada, où le virage vers les technologies du 21e siècle ne semble pas encore avoir été opéré — le ministère «peut prendre jusqu’à 10 ans pour mettre à jour les règlements», signale Michael Ferguson.

«Par exemple, les règlements interdisent les phares intelligents assistés par logiciel, mais des véhicules semi-autonomes circulent sur les routes canadiennes alors que les logiciels qui les contrôlent ne sont pas encore réglementés», a-t-il illustré en conférence de presse.

La situation n’est pas plus rose du côté de l’Agence du revenu du Canada, où l’on s’accorde «environ cinq mois pour décider de dossiers simples» et jusqu’à un an avant de communiquer avec les contribuables dont les dossiers sont «moyennement complexes», relève le vérificateur général.

Le ministère de la Défense en prend aussi pour son rhume, ayant échoué à augmenter la représentation féminine dans l’armée et raté ses cibles de recrutement, ce qui laisse présager que l’objectif de 68 000 membres d’ici 2018-2019 ne sera pas atteint, prévient M. Ferguson.

Des dizaines de recommandations formulées par l’agent du Parlement, toutes sont frappées de la mention «recommandation acceptée». Les ministères ont l’habitude de se faire taper sur les doigts dans ces rapports et de rapidement faire acte de contrition, un peu par automatisme.

Mais cette fois, le fédéral doit passer de la parole aux actes, a insisté le vérificateur général.

Car il n’y a «rien de nouveau dans les enjeux signalés par ces récents audits», et dans certains cas, certains des problèmes identifiés dans le passé «s’aggravent», a fait valoir M. Ferguson après le dépôt de son rapport.

Dans le message joint à son rapport, il dit se demander si, «dans quelques années, lorsque ce gouvernement aura achevé son mandat», il devrait «répéter ces mêmes mots» ou plutôt «parler d’améliorations concrètes (…) axées sur les besoins des gens».

Les titulaires des ministères ayant fait l’objet d’un ou de plusieurs audits ont juré mardi qu’ils seraient à la hauteur, certains ne se privant pas de mentionner que les situations décriées par M. Ferguson sont l’héritage de l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Le président du Conseil du trésor, Scott Brison, a déclaré qu’un «changement de culture» s’imposait au fédéral et promis que les libéraux rendraient des comptes plus souvent, tant au Parlement qu’à la population canadienne.

«Nous sommes d’accord avec la prémisse de base du vérificateur général: nous devons retrousser nos manches comme gouvernement. Nous devrons livrer de meilleurs résultats aux Canadiens et leur en donner plus pour leur argent», a-t-il affirmé en point de presse.

Le député néo-démocrate Matthew Dubé a promis de talonner ce gouvernement qui a promis de faire état plus souvent de l’évolution des dossiers. Il a plaidé qu’il ne fallait «pas attendre le prochain rapport du vérificateur général» avant d’y voir, notamment en comité parlementaire.

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