Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA — Pour répondre aux pressions croissantes de l’OTAN et de Washington, le gouvernement canadien a en mains une nouvelle arme secrète: la comptabilité.

Critiqué par certains de ses alliés pour ses budgets militaires trop réduits, Ottawa souhaite répliquer en plaidant que les pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’utilisent pas tous les mêmes règles comptables pour calculer leurs contributions.

Selon des sources au sein du gouvernement, le ministère de la Défense nationale dispose de données qui démontreraient que le budget militaire canadien serait même beaucoup plus élevé que celui d’autres pays de l’OTAN en utilisant des règles de calcul comparables.

Ottawa plaide que contrairement au Canada, ces pays prennent en compte dans leur budget de défense les sommes allouées par exemple à la garde côtière, à certaines prestations pour les anciens combattants, et même au corps policier fédéral et aux services frontaliers.

Le gouvernement libéral plaidait jusqu’ici que la contribution canadienne à l’OTAN ne devait pas se mesurer uniquement en termes de dollars alloués à la défense, mais tenir compte aussi de la participation du pays aux opérations sur le terrain.

Cet enjeu de contribution devrait figurer en bonne place, avec le terrorisme, à l’ordre du jour du sommet des leaders des pays membres de l’OTAN, jeudi. Le premier ministre Justin Trudeau est arrivé à Bruxelles mercredi soir.

Le président américain Donald Trump a exhorté les membres de l’OTAN à accroître leurs dépenses militaires après que les alliés eurent convenu en 2014 de travailler en fonction d’un objectif de dépenses équivalant à deux pour cent de leur produit intérieur brut.

Seulement cinq pays ont atteint cet objectif, et le Canada n’en fait pas partie; il dépense actuellement environ un pour cent de son produit intérieur brut dans la défense, plaçant le pays dans le dernier tiers parmi les alliés.

«Lorsqu’il est question du leurre des dépenses de deux pour cent, il s’agit à plusieurs égards d’un exemple parfait», a dit un haut responsable canadien sous le couvert de l’anonymat à La Presse canadienne, concernant des variantes dans les manières de calculer parmi les alliés de l’OTAN.

«C’est assurément le genre de campagne d’éducation ou de prise de conscience qui a cours entre les alliés», a-t-il ajouté.

Des règles comptables très claires

La réaction des alliés de l’OTAN à la nouvelle plaidoirie d’Ottawa est accueillie plutôt froidement: des responsables soutiennent que les règles comptables sont très claires sur ce qui peut et ne peut pas figurer dans la colonne des dépenses militaires.

«Le fait est que l’OTAN utilise des termes de dépenses convenus entre tous, qui incluent toute une série d’éléments différents», a soutenu un haut responsable de l’OTAN, discutant sous le couvert de l’anonymat car n’étant pas autorisé à commenter publiquement ces enjeux.

«Les chiffres que nous avons pourraient ne pas correspondre précisément à ce que font les pays s’ils incluent différents éléments, mais notre définition est convenue par l’ensemble des 28 alliés. Il s’agit d’une définition de longue date que nous utilisons pour comparer (les dépenses de chaque pays)», a-t-il précisé.

Plusieurs s’attendent à ce que le gouvernement libéral augmente ses dépenses militaires lorsqu’il dévoilera sa nouvelle politique en matière de défense, le 7 juin, étant donné que M. Sajjan et d’autres ministres ont promis des «investissements importants» dans les forces armées.

Les attentes sont très élevées envers la nouvelle politique en matière de défense, mais l’atteinte de l’objectif de deux pour cent du produit intérieur brut nécessiterait la multiplication par deux des 20 milliards $ que le Canada dépense actuellement chaque année dans ce domaine.

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