Andrew Vaughan Andrew Vaughan / La Presse Canadienne

HALIFAX — Le ciel est d’un bleu scintillant depuis le début du mois d’octobre dans la région viticole de la Nouvelle-Écosse, les vignes croulent sous le poids des raisins, et des vinificateurs comme Sean Sears envisagent des récoltes dont ils ne pouvaient auparavant que rêver.

Si le réchauffement climatique cause des ravages ailleurs, les vignobles de la vallée de l’Annapolis prospèrent avec le temps plus doux.

«Si la tendance se maintient, nous allons nous trouver dans une des grandes régions viticoles», dit M. Sears.

Il ajoute que son vignoble Petite Rivière a déjà récolté des fruits dont la concentration en sucrose est plus élevée que tous ses souvenirs, tandis que la peau, les pépins et la chair sont mûrs à point pour les vins qu’il veut créer.

Pendant ce temps, la chaleur solaire emmagasinée par les vignes a éliminé le besoin d’élaguer les plants, augmentant son rendement de 30 pour cent par rapport à l’an dernier.

«Tous les vignobles plantent plus de vignes (…). J’ai des collègues qui ajoutent 10 hectares par année», affirme M. Sears.

Le réchauffement climatique est à la fois une bénédiction et une malédiction pour l’industrie vinicole. En Californie, les vignobles sont ravagés par des feux de forêt et les producteurs doivent s’adapter à des récoltes plus hâtives. En France, des gels inhabituels viennent interférer avec des pratiques centenaires.

Mais en Nouvelle-Écosse, les vignobles installés dans des régions jadis considérées appropriées uniquement pour de robustes variétés hybrides conçues spécifiquement pour l’Amérique du Nord commencent à cultiver du chardonnay et du riesling, selon M. Sears.

À travers la province, la superficie totale de récolte des 21 vignobles est passée de 160 hectares à 323 hectares en un peu plus de cinq ans, selon l’Association des cultivateurs de raisins de la Nouvelle-Écosse.

Mathew Vankoughnett, un chercheur du Nova Scotia Community College, confirme que les instincts des vinificateurs sont bons, et que les épisodes de froid hivernal intense capables de dévaster les récoltes se feront de plus en plus rares.

«En bout de compte, si la tendance du réchauffement climatique se maintient, du temps de -25 degrés Celsius ne se produira pas à l’avenir (sauf des événements épisodiques)», écrit-il dans un courriel.

Les données compilées par l’université révèlent qu’entre 2007 et 2016, la température moyenne de la période de végétation dans la vallée de l’Annapolis a été de 14 degrés Celsius, comparativement à 13,2 degrés Celsius entre 1977 et 1986.

La tendance se poursuivra, mais les cultivateurs devraient se préparer à affronter des écarts de température de plus en plus prononcés, prévient un chercheur d’Environnement Canada.

Xuebin Zhang explique en entrevue que des modèles fédéraux prédisent que les gaz à effet de serre déjà présents dans l’atmosphère généreront une hausse d’un tiers de degré au cours de la prochaine décennie. Des facteurs météorologiques comme l’oscillation nord-atlantique causeront toutefois des fluctuations importantes, créant «des périodes prolongées plus chaudes ou plus froides que la normale».

La sécheresse qui a frappé il y a deux ans a semé la panique, et M. Sears affirme que ses plants ont été sauvés uniquement par leur capacité à absorber la rosée matinale.

Son collègue Mike Mainguy, de Luckett Vineyards, dit qu’on ne doit pas perdre de vue que le réchauffement climatique «est quelque chose de très épeurant quand on considère la situation globale».

«Mais (…) c’est presque parfait pour ce que nous faisons ici. Ça rend la culture du raisin plus efficace et ça rend la production certainement plus facile à gérer et aussi plus efficace», confie-t-il.

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