Jacques Boissinot / La Presse Canadienne Gaëtan Barrette

MONTRÉAL — Plusieurs dizaines de médecins québécois demandent l’annulation de leurs hausses de salaire consenties par Québec, notamment celles pour les médecins spécialistes qu’ils jugent «indécentes». Une offre que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, serait heureux d’accepter.

Ces médecins — omnipraticiens comme spécialistes — ont signé une lettre ouverte, mise en ligne dimanche, pour s’opposer à leur rémunération bonifiée.

Le ministre Barrette leur dit de porter leurs doléances à leurs fédérations médicales qui les ont représentés pour les négociations, ajoutant que s’ils ne veulent pas de ces augmentations de salaire, il sait comment utiliser cet argent dans le réseau.

«Si la Fédération des médecins spécialistes veut abandonner son augmentation de salaire, je vais être heureux de l’utiliser ailleurs», a-t-il lancé lundi après avoir été questionné au sujet de la lettre ouverte, au terme d’une conférence de presse annonçant l’implantation d’une nouvelle super-clinique à Montréal.

Qualifiant les signataires de «minorité», le ministre a souligné que les membres d’une fédération ne sont pas forcément tous d’accord sur un même sujet. «On ne peut pas arriver et être un dissident et imposer à la majorité sa propre volonté», a-t-il commenté.

Dans leur lettre publiée par le groupe Médecins québécois pour le régime public (MQRP), les signataires affirment que les augmentations de rémunération sont d’autant plus choquantes que leurs collègues infirmières, préposés, commis et autres employés subissent des conditions de travail très difficiles.

Les signataires de la lettre ouverte signalent aussi que leurs patients vivent avec le manque d’accès aux services requis à cause des coupes budgétaires draconiennes des dernières années et la centralisation du pouvoir au ministère de la Santé.

La présidente du groupe MQRP, Isabelle Leblanc, elle-même omnipraticienne, a déclaré en entrevue que cela fait un bon moment que l’organisation se questionne sur les augmentations de salaire. Et que cette réflexion a pris de l’ampleur avec les récentes sorties de leurs collègues infirmières, qui ont exposé «leurs conditions de travail souvent inhumaines».

«On aimerait que cet argent soit réinvesti dans le système de santé pour le bien-être des patients et des travailleurs», a-t-elle dit.

Mme Leblanc n’est pas d’accord que les médecins qui protestent ne sont qu’une minorité.

Il y en a énormément, a-t-elle déclaré en entrevue. «Je n’ai jamais vu autant de gens qui nous ont contactés», a-t-elle dit, ajoutant qu’elle sent que le mouvement, cette fois-ci, est très différent.

Elle juge d’ailleurs très «révélateur» que des médecins se disent prêts à renoncer à une partie de leur salaire.

Quant au ministre de la Santé, il dit avoir l’argent pour régler les difficultés avec les infirmières. Pas des sommes illimitées, précise-t-il, mais il croit avoir la capacité de résoudre les problèmes «une fois pour toutes».

Interrogé à savoir si cette opposition de médecins n’ajoutait pas au malaise de la population concernant notamment le demi-milliard d’augmentations consenties aux 10 000 médecins spécialistes de la province, M. Barrette a rétorqué que pour lui ce dossier est clos par la conclusion de l’entente, et qu’il veut maintenant travailler pour améliorer les conditions de travail des infirmières.

Il a ajouté être conscient des critiques formulées par la population quant au salaire de ces médecins.

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