Adrian Wyld/La Presse canadienne Bill Morneau

OTTAWA — Le gouvernement fédéral devrait présenter mercredi prochain de nouveaux plans pour soutenir le secteur canadien des médias, qui éprouve de graves difficultés.

Les mesures, prévues dans la mise à jour économique de l’automne du ministre des Finances, Bill Morneau, seront conçues pour aider le journalisme à rester viable, après des années de baisse des revenus publicitaires.

Ce déclin a déjà eu pour effet de fermer des salles de rédaction, de supprimer des emplois dans beaucoup d’autres, en plus de mettre à mal la couverture des principales institutions démocratiques du Canada — des conseils municipaux aux assemblées législatives provinciales, en passant par le Parlement.

Dans le budget fédéral de l’hiver dernier, Ottawa s’est engagé à verser 50 millions $ sur cinq ans pour le journalisme local dans les «communautés mal desservies».

Le gouvernement a également promis dans le budget de rechercher d’autres moyens pour soutenir le journalisme au Canada.

Des documents fédéraux internes obtenus par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l’accès à l’information indiquent que le gouvernement a formé un groupe de travail composé de représentants des ministères des Finances et du Patrimoine à la suite du budget de février.

Leur objectif, selon la note interne, était «d’identifier les options permettant de résoudre les problèmes touchant le journalisme au Canada avant l’énoncé économique de l’automne».

L’énoncé économique de mercredi sera l’une des dernières occasions de l’année budgétaire en cours pour annoncer les nouvelles mesures.

«Plusieurs options visant à assurer la viabilité de l’industrie du journalisme au Canada sont à l’étude», lit-on dans la note d’information préparée pour le sous-ministre des Finances, Paul Rochon, avant sa rencontre avec le président et l’éditeur du journal montréalais La Presse.

De nouveaux moyens pour innover

Dans le budget, Ottawa a promis d’examiner de plus près des modèles potentiels permettant des dons privés et un soutien philanthropique pour «un journalisme fiable, professionnel et à but non lucratif, ainsi que des informations locales».

Le gouvernement a déclaré qu’on pourrait retrouver dans ces mesures de nouvelles façons pour les journaux canadiens d’innover et d’obtenir le statut d’organisme de bienfaisance pour le journalisme «à but non lucratif».

Le document d’information pour M. Rochon indiquait comment La Presse annonçait son intention d’adopter une structure à but non lucratif en mai dernier, quelques mois après le budget, pour permettre au journal de tirer parti des engagements fédéraux en matière de journalisme.

Une note d’information distincte datant de juillet exposait les options «pour une action gouvernementale», mais ces parties du document ont été caviardées.

«Il y a des appels pour que le gouvernement intervienne pour sauver les journaux traditionnels en partant du principe que c’est le moyen essentiel pour assurer la production continue de journalisme à vocation civique», lit-on dans la note.

Un milieu en difficulté

Le document résumait les tendances récentes du secteur, notamment en ce qui a trait aux recettes d’exploitation totales, qui ont chuté à 5,2 milliards $ en 2008, puis à 3,2 milliards $ en 2016. Seulement entre 2012 et 2016, ces recettes ont diminué de 34 pour cent.

La baisse a été causée principalement par la diminution des revenus publicitaires. En ce qui concerne les publicités en ligne, la note fait mention des difficultés affrontées par les médias canadiens pour concurrencer des géants comme Facebook et Google, qui concentrent environ 80 pour cent des activités numériques.

Le nombre de quotidiens au Canada était de seulement 88 en mai 2018, selon le document. Dix ans plus tôt, il y en avait 139.

Les défis de l’industrie de l’information ont également entraîné des pertes d’emplois. La note indique que les agences de presse ont réduit leurs dépenses salariales de 37 pour cent entre 2006 et 2016, période au cours de laquelle le nombre de travailleurs dans l’industrie est passé de 36 000 à 24 000. Entre 2007 et 2017, le nombre d’emplois en journalisme a diminué de 5,7 pour cent, passant de 12 396 à 11 688.

«Il semblerait que les journalistes soient moins en mesure de faire des reportages sur les institutions démocratiques du Canada. La couverture consacrée aux informations d’intérêt public (par exemple, les assemblées législatives, les mairies, les tribunaux) a décliné», est-il écrit dans la note.

Dans la période qui a précédé le budget fédéral, le gouvernement a été bombardé d’idées sur la façon d’aider le secteur de l’information.

L’année dernière, un rapport du Forum des politiques publiques proposait d’imposer une taxe de vente sur les sociétés étrangères vendant des abonnements numériques au Canada, de créer un fonds destiné à financer des informations fiables, d’instaurer un nouveau mandat «local» à l’agence de presse La Presse canadienne et d’apporter des modifications aux publicités en ligne de Radio-Canada/CBC.

Réfléchir à «demain et après-demain»

Plus généralement, la mise à jour économique aura pour objectif de rendre l’économie canadienne plus compétitive, a indiqué le ministre Morneau, vendredi, à Toronto après une réunion avec des économistes du secteur privé.

«Ce dont vous allez nous voir parler la semaine prochaine, c’est comment nous pouvons nous assurer que nous pourrons continuer à réussir malgré les défis auxquels nous sommes confrontés. Nous constatons que l’économie se porte bien, mais nous reconnaissons que nous devons réfléchir à la compétitivité de demain et d’après-demain afin de créer le type d’emplois que nous souhaitons pour les jeunes, comme ceux qui se trouvent dans cette salle», a-t-il déclaré lors d’un événement organisé par le Club Garçons et Filles Kiwanis.

«Ce que j’ai entendu des économistes du secteur privé est à la fois une impression que notre économie se porte très bien à l’heure actuelle, mais aussi une préoccupation à propos de la manière dont nous répondons aux défis mondiaux liés au commerce, aux défis en matière d’impôts en lien avec les États-Unis et aux grands défis que nous avons en ce moment en Alberta avec l’écart de prix du pétrole.»

Le pétrole brut de l’Alberta a atteint un prix record de 14 $ le baril cette semaine. La demande faible de pétrole pousse les prix à la baisse partout, mais le prix de référence du pétrole américain est supérieur d’environ 50 $ le baril. Les producteurs canadiens ont de la difficulté parce qu’il y a plus de pétrole ici, qu’ils ne peuvent en ce moment acheminer ailleurs.

Des groupes d’entreprises ont également fait pression sur M. Morneau pour réduire les impôts des sociétés canadiennes afin de mieux concurrencer les États-Unis, où le président Donald Trump a fait de même.

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