Avoir des habitudes en apparence inoffensives – par exemple, manger des avocats ou utiliser des cosmétiques – peut avoir de terribles conséquences sur l’environnement.

L’or vert

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Les avocats sont une importante source d’acides gras et de plusieurs autres nutriments, comme le potassium, les fibres ainsi que les vitamines K et C. D’ailleurs, la capacité qu’a ce savoureux fruit à prévenir certains cancers et les maladies cardiaques en a fait un élément essentiel du régime alimentaire occidental. Près de 10% de tous les avocats consommés aux États-Unis proviennent du Chili. Pourtant, ce qui devrait être une bonne nouvelle, à la fois pour la santé des Américains et pour l’économie chilienne, constitue en fait une menace pour l’environnement du pays sud-américain.

La demande américaine croissante a en effet entraîné l’extension des plantations, dont la superficie est passée de 9000 acres en 1993 à 71 000 acres en 2014. Le problème est que ces plantations ne se trouvent pas dans des zones tropicales fertiles, mais dans les vallées semi-arides du centre du Chili. Cela a pour conséquence que, chaque acre où l’on cultive des avocatiers, doit être irrigué par quatre millions de litres d’eau annuellement.

Pour ce faire, l’eau des rivières de la région, notamment de la Petorca et de La Ligua, a été pompée, à tel point que ces dernières ont été déclarées asséchées en 1997 et 2004, respectivement. De plus, les nappes phréatiques surexploitées font que les habitants des vallées doivent composer avec des pénuries d’eau potable. «On compte près de 50 camions-citernes à Cabildo, une grande ville de 22 000 habitants», rapporte Ricardo Sangüesa, un agriculteur qui possède 18 acres à La Ligua. «Pendant ce temps, de plus petites communautés doivent se contenter de deux camions-citernes. Cela veut dire que les gens doivent être parcimonieux avec l’eau, sous peine d’avoir une amende. Comment est-il possible que, durant la sécheresse, ils continuent à planter de nouveaux avocatiers sur les collines», termine-t-il.

«Le modèle d’exportation de ce fruit implique l’utilisation de ressources naturelles, lesquelles sont en quantités limitées, et se fait aux dépens de l’environnement, à tel point que, dans la province de Petorca, les conséquences sont irréversibles.» – Rodrigo Mundaca, agronome et secrétaire du Mouvement pour la défense de l’eau, la protection du territoire et le respect de l’environnement MODATIMA

L’activiste local Rodrigo Mundaca croit que le problème est attribuable à la mauvaise gestion des ressources par les autorités: «La solution n’est pas tributaire des fluctuations de la demande sur le marché; elle dépend de l’élaboration d’une politique agraire qui n’existe pas dans ce pays, parce que l’entreprise économique est privilégiée aux dépens de la conservation des ressources naturelles, explique-t-il. Il n’y a aucune vision qui fasse en sorte que le développement agricole soit économiquement viable, compétitif, socialement équitable et durable sur le plan écologique.»

La consommation du quinoa

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La sensibilisation aux divers enjeux environnementaux et les préoccupations touchant le bien-être des animaux ont incité les gens partout dans le monde à réduire leur consommation de viande et à remplacer les protéines animales par des protéines végétales, comme celles qu’on retrouve dans le quinoa, une plante dont les graines sont très nutritives et sans gluten.

L’engouement pour le quinoa est tel que la demande pour ce superaliment a explosé, tout comme son prix, qui a été multiplié par 6 entre 2004 et 2014, passant de 750$ à 4650$ la tonne. Selon certains, l’une des conséquences de ce phénomène est que les Boliviens, qui dépendent de cette ressource alimentaire depuis des siècles, ne seraient plus capables de se l’offrir. Une telle possibilité a été largement contestée au cours des dernières années. Quand l’ONU a déclaré 2013 Année internationale du quinoa, le secrétaire général Ban Ki-moon a chanté les louanges «de ce repère culturel, de cet aliment essentiel du régime de millions de personnes vivant dans les Andes depuis des milliers d’années, de cet aliment qui constitue une solution de rechange pour les pays qui font face à l’insécurité alimentaire». Il a ainsi évoqué le fait que le quinoa est facile à cultiver dans des terres pauvres et arides, comme celles de la région de l’Altiplano bolivien.

«La controverse a été provoquée par l’ignorance et la tendance moderne au sensationnalisme, affirme Thierry Winkel, qui a participé à une enquête approfondie réalisée par l’organisme français IRD et les spécialistes boliviens du programme de recherche PIEB afin d’étudier les conséquences de la culture du quinoa sur la durabilité sociale et agricole dans l’Altiplano. Les chercheurs estiment que la mauvaise presse dont a fait l’objet le quinoa peut aussi être un moyen de «dévaloriser la production bolivienne pour les pays occidentaux afin de promouvoir leur propre production, notamment en France».

Le régime alimentaire des Boliviens n’a jamais reposé sur le quinoa, mais plutôt sur la pomme de terre et le maïs – et les Boliviens ont toujours conservé suffisamment de quinoa pour leur propre consommation. «Je crois qu’on peut même aller jusqu’à dire qu’ils mangent plus de quinoa qu’il y a 10 ans, les producteurs locaux ayant de meilleurs revenus, tandis que les campagnes publiques font avec succès la promotion du quinoa auprès des consommateurs urbains», ajoute M. Winkel. Continuez donc à soutenir cette culture qui profite à la région andine et cessez de vous sentir coupable quand vous achetez du quinoa: vous n’affamez personne.

Le trafic de la cocaïne

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Visant près de 17,3 millions d’utilisateurs dans le monde – selon l’estimation proposée dans le Rapport mondial sur les drogues 2014 de l’ONUDC –, le trafic de la cocaïne demeure l’une des principales préoccupations des autorités internationales chargées de la lutte contre les stupéfiants. Si elles sont censées protéger la santé des citoyens, leurs opérations visent également à préserver un autre bien commun: la forêt tropicale colombienne. En 2008, devant un parterre de chefs de police réunis à Belfast, en Irlande du Nord, Francisco Santos Calderon, alors vice-président colombien, avait déclaré que la culture de la coca, la plante dont est extraite la cocaïne, causait la destruction de 200 000 hectares de forêts chaque année. Il avait terminé son allocution en disant qu’à ce désastre écologique devait être ajoutée une menace pesant sur les habitants des régions concernées, puisque les mines antipersonnel utilisées par les trafiquants de drogue pour protéger les plants de coca mutilaient de nombreux civils. «Chaque fois que vous consommez un gramme de cocaïne, vous détruisez 4,4m2 de forêt colombienne», avait-il affirmé.

Les effets dévastateurs de la production de la cocaïne peuvent aussi être attribués à l’usage de pesticides, lequel entraîne des déversements de produits chimiques et la pollution des eaux. De plus, la transition vers une monoculture très lucrative comme celle de la coca pourrait causer la disparition des connaissances écologiques chez les populations andines.

Les programmes de lutte contre le trafic de drogue ont aussi eu des répercussions négatives. De 1996 à 2012, dans le cadre des campagnes de fumigation ordonnées par le gouvernement colombien et approuvées par les États-Unis, des avions ont épandu des herbicides sur 1,6 million d’hectares jugés suspects. Étant non-sélectifs, ces produits chimiques ont également détruit des cultures de subsistance et des plantes indigènes. Ce genre d’initiative a été déclaré sans effet dans un rapport déposé en 2005 par l’Office of National Drug Control Policy, qui montrait qu’une opération de pulvérisation aérienne réalisée en 2004 n’avait pu permettre de réduire la surface de culture de la coca en Colombie.

La production de l’huile de palme

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Qu’est-ce qu’un rouge à lèvres, la pizza congelée que vous avez mangée hier soir avant d’engloutir une boule de crème glacée, la margarine que vous avez étendue sur votre toast ce matin et votre shampoing au parfum de fruit ont en commun? Réponse: ils contiennent tous de l’huile de palme. On estime que l’huile de palme, qui est l’huile végétale la plus consommée dans le monde, se retrouve dans 50% de tous les produits emballés vendus dans les supermarchés. Et si on considère l’augmentation de la demande dans des pays en développement comme la Chine et l’Inde, le besoin d’huile de palme semble être infini.

De 85 à 90% de l’huile de palme négociée dans le monde est produite en Indonésie et en Malaisie, mais les palmiers à huile sont aussi cultivés ailleurs en Asie, ainsi qu’en Afrique et en Amérique latine. De plus, la superficie des cultures continue de s’accroître, en particulier sur l’île de Bornéo, en Indonésie, où l’augmentation atteint 500 000 hectares par an, la moitié étant gagnée sur les forêts et les terrains buissonneux, et l’autre moitié provenant de terres agricoles. «Le problème n’est pas uniquement la déforestation, mais aussi la fragmentation de la forêt qui reste, dont l’utilité pour la faune et la flore est moins grande. Cela a des conséquences sur bien des espèces, notamment sur les tigres, les éléphants et les orangs-outans, qui ont besoin de grands espaces de forêt intacte pour survivre», explique Adam Harrison, responsable mondial du dossier de l’huile de palme au World Wildlife Fund (WWF).

Et si l’huile de palme est tenue responsable de tous ces maux, l’idée n’est pas d’arrêter de s’en servir. «Le palmier est un arbre très productif, près de neuf fois plus que n’importe quel autre végétal dont on extrait de l’huile. C’est pour cela que le remplacer par une autre plante, comme le soja ou le raisin – dont les pépins servent à produire de l’huile – ne serait pas très sensé. Le truc est de s’assurer que les palmiers à huile soient cultivés dans des régions où ils ne risquent pas de menacer les forêts», poursuit M. Harrison.

«Le problème est aussi la fragmentation de la forêt qui reste. Cela a des conséquences sur bien des espèces, notamment sur les tigres, les éléphants et les orangs-outans, qui ont besoin de grands espaces de forêt intacte pour survivre.» – Adam Harrison, responsable du dossier de l’huile de palme du WWF

Dans ce but, les participants à la Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO) travaillent avec les compagnies internationales pour promouvoir l’utilisation d’huile de palme durable – qui représente 18% de la production mondiale. De nombreuses multinationales, dont Unilever, Nestlé, Walmart et Ferrero, sont membres de la RSPO, et plusieurs d’entre elles se sont engagées à employer uniquement de l’huile de palme certifiée d’ici 2015.

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