Elle a quitté ses montagnes japonaises et a traversé mer et monde pour se rendre jusqu’à nous. Par sa beauté et ses petites fleurs blanches, elle a séduit les jardiniers québécois. Mais aujourd’hui, elle met en péril l’accès aux berges de l’est de Montréal. La Fallopia japonica ou renouée du Japon est classée au 37e rang de la liste des espèces envahissantes établies par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

D’une hauteur de dix à douze pieds (3 à 4 m), cette plante forme un mur de bambous pratiquement infranchissable qui ne cesse d’épaissir année après année. « Il faudrait une machette pour traverser », estime la directrice de la ZIP Jacques-Cartier, Sylvie Bibeau.

Si la Fallopia n’est pas encore un problème, elle pourrait bien le devenir bientôt. « Elle est tellement envahissante qu’elle déborde et prend toute la place sur le bord de l’eau. Les citoyens pourraient bien ne plus avoir accès aux berges dans une dizaine d’années. C’est une situation qui a été observée ailleurs dans le monde », raconte Mme Bibeau.

Dans l’Est, on retrouve une grande étendue de renouée qui s’étend du bord de l’eau jusqu’au boulevard Goin, dans le parc de la Coulée-Grou à Rivière-des-Prairies. Cette colonie continue même a certains endroits par-delà le boulevard. Elle est aussi présente au parc de la rampe de mise à l’eau (près de la 36e Avenue à Pointe-aux-Trembles) et elle pourrait se retrouver prochainement au parc du Fort-de-Pointe-aux-Trembles (près du boulevard Saint-Jean-Baptiste).

Une plante nuisible

Si la renouée japonaise a ses vertus, notamment esthétiques et médicales, elle a aussi ses vices. Au bord des routes, ses racines font fissurer la chaussée. Dans les milieux naturels, elle appauvrit la biodiversité. Sur les rives, elle nuit aux espèces aquatiques qui ne retrouvent plus leur milieu naturel. La faiblesse de ses racines ne permet pas de freiner l’érosion des sols. Sans oublier qu’elle peut bloquer l’accès aux rives.

C’est d’ailleurs ce qui risque de se passer au parc du débarcadère. « C’est un espace à aire ouverte, alors ça nous inquiète, confie Mme Bibeau. Le parc du débarcadère est un endroit où il y a une belle biodiversité qui n’est pas trop perturbée, mais, une fois que la plante est là, elle va changer le milieu. »

Si la situation est inquiétante près des berges, elle semble toutefois moins critique dans les zones boisées où les arbres peuvent compétitionner davantage avec la renouée. C’est ce qui est ressorti d’une étude menée au cours de l’été par différents organismes, dont la ZIP Jacques-Cartier.

Comment est-elle venue jusqu’à nous?

Utilisée comme plante ornementale, notamment à la carrière LaFarge de Montréal-Est, la renouée est toujours en vente dans plusieurs pépinières du secteur. « Les gens voient qu’elle prend beaucoup d’expansion alors ils l’arrachent et la jettent sur le bord de l’eau », raconte Mme Bibeau.

Puisqu’elle pousse plus rapidement, la Fallopia profite de perturbations du milieu pour gagner du terrain. Par exemple, lorsqu’un arbre tombe, un nouvel espace d’ensoleillement est ouvert. Les plantes envahissantes prennent alors tout l’espace avant que les autres espèces n’aient le temps de prendre leur juste part.

Or, l’hiver est une perturbation pour ainsi dire annuelle. La renouée profite donc du printemps pour coloniser de nouveaux espaces. Une fois qu’elle a pris racine, il est pratiquement impossible de se débarrasser de la renouée selon Mme Bibeau.

L’Avenir de l’Est a contacté plusieurs paysagistes du quartier pour savoir comment se débarrasser de la renouée. Plusieurs n’ont pas su répondre, bien que certains ont suggéré d’arracher la plante ou d’utiliser du Roundup. Mais il semble que ce ne serait pas si simple, selon Mme Bibeau.

Un petit fragment de racine resté enfoui sous la terre peut permettre à la plante de reprendre racine. Notons que les racines de la renouée peuvent atteindre jusqu’à un metre de profondeur et dix mètres en largeur. Une lourde tâche pour quiconque veut s’en débarrasser.

Bien que la solution n’ait pas encore été trouvée, plusieurs expériences sont en cours afin de déterminer comment contrôler cette plante envahissante. Parmi les pistes de mesure envisageables, une solution saline pourrait permettre d’exterminer la plante sans endommager les autres végétaux. Une expérience menée au Parc des Îles-de-Boucherville semble également porter ses fruits. Elle consiste à affaiblir la plante en la coupant cinq fois par année.

En attendant qu’une solution soit trouvée pour venir à bout de ce fléau, Mme Bibeau recommande aux citoyens de ne surtout pas acheter la renouée japonaise. Ceux qui possèdent déjà cette plante et qui voudraient s’en débarrasser ne doivent pas la mettre avec les résidus verts, ce qui favorise son expansion. Il est plutôt recommandé de la mettre avec les détritus domestiques.

Qu’est-ce que la renouée japonaise

La renouée japonaise est une plante herbacée vivace originaire du Japon. Elle a été introduite en Europe et en Amérique du Nord comme plante ornementale. Une fois établie, elle forme des peuplements denses qui ombragent et évincent toute autre végétation, déplaçant la flore et la faune indigènes.

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