DAVOS, Suisse — Ceux qui participeront au sommet économique de Davos, cette semaine, pourront «vivre la vie d’un réfugié pour une journée». Ou découvrir comment les objectifs de l’Accord de Paris sur les changements climatiques peuvent être atteints. Ou apprendre comment faire la promotion du libre-échange. Ou côtoyer des leaders africains.

Et puis il y aura Donald Trump.

Le Forum économique mondial de Davos prétend, possiblement avec une petite dose d’arrogance, qu’il permet aux dirigeants de la planète d’utiliser leur pouvoir à bon escient. Il serait toutefois douteux que le thème de cette année, «Créer un avenir commun dans un monde fracturé», apparaisse un jour sur le fil Twitter du président.

M. Trump se présentera plutôt à Davos muni de son message à somme nulle «America First» et il sera le dernier de tous les leaders présents à prendre la parole — derrière l’Inde, la France et le Canada. Le sommet débute mardi et prend fin vendredi.

Comme cela est habituellement le cas avec M. Trump, sa visite à Davos génère des réactions diamétralement opposées. Certains s’en réjouissent et espèrent en profiter pour ouvrir le dialogue; d’autres souhaitent ouvertement qu’il change d’idée, en faisant valoir que son manque de compassion et sa vision du monde n’ont pas leur place à Davos.

«Je trouve ça très triste qu’il vienne au Forum économique mondial, mais j’imagine qu’on n’y peut rien», a dit le moine bouddhiste Matthieu Ricard, un disciple de longue date du dalaï-lama.

Un membre de l’administration Trump a expliqué que le président profitera de son passage à Davos pour vanter la robustesse de l’économie américaine et de nouveau dénoncer les pratiques commerciales qui, selon lui, désavantagent les États-Unis.

«Je pense que c’est une bonne chose qu’il y soit, a estimé le patron de la firme KPMG International, Bill Thomas. L’économie américaine est reliée à la planète, et je pense qu’il sera à Davos parce qu’il le comprend.»

Certains se demandent si M. Trump saura se faire de nouveaux alliés à Davos, ou si ce seront plutôt les participants qui sauront l’influencer — ce qui lui donnerait la chance de relancer son administration.

«L’Amérique corporative, en ce qui concerne l’économie, est très heureuse de la performance de l’administration (Trump)», a dit un dirigeant de la firme EY, Andy Baldwin, qui reconnaît toutefois que la controverse qui entoure le président «porte ombrage à certaines de ses politiques».

Mais à l’extérieur du monde des affaires, qu’il s’agisse des droits de la personne, de l’environnement, des pacifistes ou des partisans du libre-échange, on ne veut rien savoir du président américain.

«En dépit de son nom formel, Davos ne concerne pas seulement l’économie, a dit par voie de courriel le directeur général de Human Rights Watch, Kenneth Roth. Donc s’il est certain que Trump entend vanter les progrès économiques américains, plusieurs participants à Davos vont soulever ses politiques et sa rhétorique xénophobe, misogyne et raciste.»

«À moins qu’il ne soit prêt à s’excuser et à changer de direction, je pense qu’il recevra un accueil plus glacial que ce qu’il anticipe», a-t-il ajouté.

M. Trump pourrait aussi être pris à partie par des vedettes comme le chanteur Elton John et l’actrice Cate Blanchett, et par les leaders de ces pays africains qu’il a décrits de manière vulgaire plus tôt ce mois-ci.

De petites manifestations ont déjà été organisées; d’autres sont attendues à Zurich mardi et possiblement à Davos jeudi. Une pétition suisse anti-Trump a déjà été signée en ligne par quelque 16 000 personnes qui lui demandent de ne pas venir à Davos. Des mesures de sécurité supplémentaires ont été prévues.

Le président français Emmanuel Macron prendra la parole mercredi, puis il quittera Davos sans rencontrer M. Trump — même si la Maison-Blanche avait précédemment annoncé une rencontre entre les deux hommes.

Lors de son discours, on s’attend à ce que M. Macron brosse un portrait «lucide» de la mondialisation et qu’il soulève des préoccupations environnementales, a dit l’un de ses conseillers. Le discours de M. Macron pourrait faire contrepoids à celui de M. Trump, et même s’il ne mentionnera pas spécifiquement le président américain, «on peut lire entre les lignes», a dit ce conseiller sous le couvert de l’anonymat.

Aussi dans Monde :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!