Que d’honneur! Ma banque m’a envoyé une offre privilégiée par la poste, à moi, petit va-nu-pieds qui aurait partagé sa savonnette avec Oliver Twist, à propos de ma carte de crédit, et ça disait: «Nous avons à cœur de vous offrir un outil de paiement qui évolue avec vos besoins. Nous vous proposons d’augmenter votre limite de crédit…» Autrement dit, j’ai les moyens de m’endetter plus. Mille mercis! Quel magnifique concept! Cette banque me dit «Fred, tout va bien. Pourquoi ne pas t’endetter? Hein? C’est si facile. Les dettes, c’est la liberté.» Voici ma réponse: «Chère Banque, veuillez manger d’la marde. J’ai aussi à cœur de vous offrir un mot qui évolue avec vos besoins. Je vous prie d’agréer mes salutations distinguées.»

Sous le couvert du service à la clientèle se cache une attaque à ma dignité humaine. Il suffit d’une petite recherche pour constater les profits accablants des banques et les salaires surréalistes de leur PDG. Vous ne créez rien, ne produisez rien, vous ne faites que faire traverser du cash d’une main à l’autre : vous êtes des brigadiers de la finance. Voilà tout! Et j’en ai plus qu’assez de trouver ça normal. Alors, à défaut d’avoir du pouvoir contre les profiteurs, les exploiteurs et les crosseurs de tout acabit, je citerai Albert Camus: «Allez donc chier!»

Dans L’homme révolté, Camus nous questionne: «Qu’est-ce qu’un homme révolté? Un homme qui dit “non”. […] Un esclave, qui a reçu des ordres toute sa vie, juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Quel est le contenu de ce “non”? […] Ce “non” affirme l’existence d’une frontière.» Voilà. Cette prise de parole vulgaire est un premier pas viscéral pour réaffirmer la frontière de notre dignité humaine.

En riposte à tous ceux qui attaquent notre humanité, patrons autoritaires, corporations psychopathes, État policier, gouvernement corrompu et lois faites pour les riches, réaffirmons notre dignité en sortant la catapulte à marde. Bon. C’est peut-être pas un programme politique très élaboré, j’en conviens, mais c’est un premier mouvement de révolte. Et par cette scato-révolte, on leur dit: «Nous sommes là. Nous vous surveillons. Ne dormez pas tranquilles. Notre dignité n’est pas à négocier.»

Notre époque est grave. Les manifestants et les «BS» sont traités comme des pourceaux, alors qu’on qualifie de héros le gérant d’une chanteuse qui n’a eu pour plus grand mérite que celui d’engraisser une fortune personnelle. Or, nous savons que la richesse des uns est faite de la misère des autres. Alors, pour ce qui est des funérailles nationales, Camus dirait: buvez mon flu.

Aucune ruche n’est mielleuse sans l’entraide. Aucune société n’existe sans la solidarité. Seul, j’éprouve de la colère. Tous ensemble, nous sommes révoltés. Et après avoir vilipendé avec des «mangez d’la marde» toute forme de pouvoir, Albert nous dit l’essentiel: «Je me révolte, donc nous sommes.»

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