L’été dernier, après une collaboration au service des sports de Radio-Canada, je me suis résolu à refaire un tour dans la «défunte» Radio-Canada International (RCI).

Une grande partie des lieux était déserte, et toutes les cloisons avaient été arrachées. Les paravents gris avaient laissé des traces visibles sur la moquette. Les images des journalistes s’activant comme dans une ruche me sont revenues comme dans un songe.

Il y a presque six ans, j’ai fait mes débuts au micro comme chroniqueur à RCI. Une fois par semaine, en début d’après-midi, j’arrivais souvent du côté est de l’édifice, au premier niveau du sous-sol. Après avoir traversé la section anglaise, je rejoignais l’équipe de Tam-Tam Canada, émission en langue française diffusée aux quatre coins du monde. À ma droite, certains collaborateurs s’activaient au téléphone avec des invités à venir, d’autres finalisaient leur montage à temps pour passer en ondes. À ma gauche, dans le coin-cuisine, le midi, c’était le point de ralliement des travailleurs de l’information de toutes les sections. Une mini ONU où le français et l’anglais jonglaient avec l’arabe, l’espagnol, le portugais, le russe et le mandarin. Ces voix métissées faisaient rayonner notre pays à travers la planète.

Plus loin, le studio de l’émission était toujours là, mais sans voix. J’ai été pris par une émotion. Car, un matin du printemps 2012, la hache d’«Harpeur» est tombée. Une soixantaine de travailleurs de l’information ont été mis à la porte.

Certains ont maintenu RCI sur le web sous repirateur artificiel. D’autres ont été recasés, et la majorité a été sacrifiée sur l’autel d’une gestion, disons-le pour être poli, douteuse. Que de compétences gaspillées et de vies brisées dans la précipitation!

Le plus tragique dans cette histoire, c’est qu’aucun élan de solidarité qui vaille n’est né chez les autres radio-canadiens des étages supérieurs. Ils ont plutôt poussé un soupir de soulagement. Peut-être, derrière les portes closes, certains se sont-ils demandé à quoi servait cette RCI. D’un trait, on a oublié les 67 ans de service de cette immense institution radiophonique. Du revers de la main, on a dédaigné son importance dans des recoins du monde comme l’Afrique, son impact sur l’avenir du fait français dans le monde.

Ce manque de solidarité était d’autant plus scandaleux que les travailleurs de RCI étaient eux-mêmes résignés. À part quelques moutons noirs qui ont secoué ciel et terre pour alerter l’opinion publique, la majorité était fatiguée par les batailles menées par le passé pour maintenir RCI en vie.

Hier, c’était RCI. Aujourd’hui, c’est le sport. Demain, de qui est-ce que ce sera le tour, à Radio-Canada?

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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