Le pays des mille solitudes

J’ai participé pour la première fois et en toute candeur à la marche pour la Terre, dimanche, à Mont-réal. J’ai lu les slogans sur les divers supports brandis par les manifestants.

J’ai trouvé que la défense de la planète était plutôt bien illustrée, souvent avec humour. Comme je suis français d’origine et qu’on votait pour le premier tour de la présidentielle en France, ma phrase préférée fut donc : «Aux arbres citoyens!» qui parodiait mon hymne national et appelait en même temps à une révolution verte.

L’ambiance était bon enfant. De nombreux drapeaux québécois amenaient une touche de bleu sous un ciel gris et venteux. Sur scène, des artistes québécois, dont Gilles Vigneault, qui, fidèle à lui-même, parla de liberté… Jusque-là, tout semblait parfait. Je me serais cru à une répétition de la fête nationale du 24 juin. De nombreux carrés rouges rappelaient les revendications actuelles des étudiants en grève, et les divers partis politiques étaient représentés. Parfait. Parfait.

Cependant, en observant bien autour de moi, en écoutant les gens, j’ai remarqué des absences troublantes. Premièrement, très peu de pancartes étaient écrites en anglais. Pourquoi? Les anglophones ne sont-ils pas très nombreux à Montréal? Et les communautés immigrantes? Où étaient les Haïtiens? Les Chinois? Les Latino-Américains? Et les femmes voilées? Où étaient-ils? N’étais-je pas à Montréal? Je fréquente les transports en commun tous les jours et je sais que cette métropole est une véritable tour de Babel. J’ai même pris une fois l’autobus entre Dorval et la station de métro Lionel-Groulx avec trois Inuits qui mélangeaient allègrement l’anglais et l’inuktitut. J’ai trouvé ça merveilleux. Mais pas hier. Cette manifestation était blanche et francophone. Pourquoi? Pour défendre quelle Terre marchions-nous? Pourquoi les communautés immigrantes ne participaient-elles pas, ou alors en très petit nombre?

J’ai adoré l’ambiance, l’humour, l’engagement des milliers de manifestants, et pourtant je suis rentré amer à la maison. Le Québec serait-il le pays des mille solitudes? Je me refuse à le croire. J’ai encore beaucoup à apprendre.

Alain Raimbault

La CAQ dans le Guinness

Le congrès de fondation de la Coalition avenir Québec (j’allais écrire Action démocratique Québec) s’est tenu en à peine quatre heures. Je propose d’en faire un record Guinness, car je suis convaincu que pas un seul parti d’envergure dans le monde n’a vu son programme aussi vitement adopté.

Pensez-y : 240 minutes pour disposer de 54 propo­si­tions sur 59 (5 ont été renvoyées à la… commission politique du parti). Cela n’a pas laissé beaucoup de temps pour la discussion. Les 600 mem­bres, en bons moutons, ont avalisé les orientations décidées au sommet. Même les libéraux de Jean Charest discutent davantage entre eux. Je reconnais l’homme d’affaires en François Legault : pas de niaisage!

Pour ce qui est du programme proprement dit, c’est maintenant confirmé : la CAQ est devenue un calque de l’ADQ. Deltell et consorts ont amélioré leur sort : ils ont éliminé la dette de la défunte ADQ et gagné 2 % dans les intentions de vote. En prime, ils ont pris le contrôle du nouveau parti. Que demander de mieux?

Sylvio Le Blanc, Montréal

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