Organisme sans but de lobbyisme

Je ne suis pas lobbyiste, pourtant il se peut que je le devienne. Pourquoi? Parce que je suis intervenant dans un organisme communautaire. Certains veulent imposer aux OSBL de s’inscrire au registre des lobbyistes. Pourquoi? Par souci de justice, dit-on. Par souci de désinformation, croit-on.

Une chose est sûre : on créerait un engorgement au registre des lobbyistes. On y créerait aussi une grande confusion.

Imaginez, nous avons quelque 60 000 organismes à but non lucratif au Québec. On y créerait aussi une fausse impression de combat égal sur plusieurs sujets, notamment l’environnement et la fiscalité.

Or, il y a quelques différences majeures entre un travailleur du domaine communautaire et un lobbyiste. Premièrement, mes convictions sont les miennes. Mes opinions et mon support ne sont pas mercenaires. Deuxièmement, nous œuvrons pour le bien public, pas pour les avantages d’une poignée d’individus ou d’entreprises. Troisièmement, et c’est là le plus important, nous sommes transparents.

Si vous nous demandez qui nous finance, nous nous ferons un plaisir de vous le dire. En détail. Sans rien omettre.

Voyez-vous, nous devons une fière chandelle à nos généreux donateurs. Nous croyons aussi qu’on peut juger des motivations d’un groupe en sachant qui sont ses bailleurs de fonds.

Si vous nous demandez quels moyens nous prenons pour arriver à nos fins, il nous fera plaisir de vous en parler. En détail. Sans rien omettre. Voyez-vous, nous œuvrons ouvertement. Nous croyons qu’on peut juger des intentions d’un groupe selon sa transparence.

Si vous nous demandez ce que l’on veut changer, il nous fera plaisir de vous présenter publiquement ces changements. En détail. Sans rien omettre. Nous croyons que nos demandes amélioreraient la société en général, et nous souhaitons donc en débattre au vu et au su de tout le monde. Nous croyons aussi qu’on peut juger de la pertinence d’une demande de changement aux lois et réglementations selon sa divulgation publique ou secrète.

Si vous nous demandez ce que nous avons accompli grâce à nos actions, il nous fera plaisir de vous en parler publiquement. Voyez-vous, nous sommes fiers de nos accomplissements. Nous croyons qu’on peut juger de l’influence d’un groupe selon ses accomplissements.

Voici trois recommandations qui permettraient de faire la lumière sur un milieu qui se complaît dans l’obscurité.

Obligeons les lobbyistes à indiquer précisément quels montants sont investis dans leur campagne de lobby. Incluant les ressources humaines, les cadeaux, les participations aux activités de financement, etc. Cela permettrait de dresser un portrait assez juste des acteurs dans un dossier. Ainsi que du rapport de force entre ceux-ci.

Obligeons les lobbyistes à déclarer précisément leur mandat. Que souhaitent-ils avoir pour leur client exactement? Quelle modification exacte veulent-ils apporter à quel article de loi? Quelle subvention veulent-ils, et quelles sont leurs justifications. Présentement, leur mandat peut être inscrit dans les termes les plus flous. Or, une démocratie se nourrit d’information. Plus on en sait sur leurs revendications, plus le débat s’en trouve enrichi.

Obligeons aussi les lobbyistes à inscrire au registre les résultats précis et concrets de leurs démarches. Cela permettra d’évaluer concrètement le lobbyisme, son influence, ses avantages et ses coûts pour notre société. Cette recommandation leur servirait aussi de publicité, puisqu’ils gagneront assurément à être reconnus comme efficaces.

Bien sûr, ces recommandations ne régleront pas le problème des portes tournantes entre la politique et le lobbyisme. Elles augmenteraient cependant la transparence des pratiques de lobbyisme et, surtout, elles alimenteraient les débats publics en donnant une information détaillée sur les forces en opposition.

Hugo Brossard, Intervenant jeunesse ne souhaitant pas du tout devenir lobbyiste

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