Tests de français trop difficiles

Je travaille comme professeure de français dans une école de langues de Mont­réal, où on fait aussi passer des tests linguistiques pour l’immigration. De nombreux immigrants viennent donc chez nous pour faire le test d’évaluation de français (TEF), dont la réussite est nécessaire à l’obtention du statut de résident permanent. Le niveau requis par le ministère québécois de l’Immigration est de B2, soit intermédiaire-avancé, selon l’échelle du Cadre européen commun de référence
pour les langues.

J’écris aujourd’hui pour dénoncer la trop grande difficulté du test, en particulier de l’épreuve de compréhension orale. Celle-ci se fait par ordinateur, écouteurs sur les oreilles, et exige une concentration ininterrompue pendant 40 minutes, puisque les questions ne sont pas répétées. Pire encore, les candidats peu habitués à se servir d’un ordinateur et/ou ayant des difficultés de lecture sont certains d’échouer le test en raison de la grande rapidité à laquelle se succèdent les questions et les choix de réponses, qui doivent être lus à l’écran.

Mais ce que je trouve le plus insensé, c’est que la majorité des Français qui font le test (je parle des citoyens de France, qui, pour une raison que je ne comprends pas, doivent prouver leur maîtrise de la langue française) n’obtiennent pas la note maximale (C2). Certes, ils atteignent le niveau exigé par l’immigration, mais j’estime que, si l’épreuve évaluait vraiment la compréhension orale, tous les locuteurs natifs obtiendraient sans effort la note maximale. Or, ceux-ci affichent le plus souvent un score de C1, soit la note comprise entre B2 et C2. Comment expliquer cela?

Sans doute le test contient-il des questions pièges ou bien des mots de vocabulaire peu usités. Est-ce bien raisonnable de demander un tel effort de compréhension à des immigrants dont la langue maternelle n’est pas le français? Est-ce juste d’exiger de leur part un niveau de compréhension équivalent à B2, alors que les francophones n’ont que C1? À mon avis, ça ne l’est pas du tout.

Évidemment, les échecs sont fréquents et de nombreux immigrants passent le test à plusieurs reprises, dépensant des centaines de dollars à chaque fois pour l’inscription, sans compter l’argent investi dans des cours de préparation. Inutile de mentionner que ces gens sont découragés et frustrés, d’autant plus qu’ils sont en général tout à fait capables de s’exprimer en français! À preuve, ils réussissent l’épreuve d’expression orale, mais butent contre le test de compréhension orale!

Par ailleurs, je trouve que l’attente avant l’obtention des résultats est extrêmement longue. En effet, les attestations sont délivrées par le CCI Paris, en France, et elles ne nous parviennent pas avant quatre semaines, dans les meilleurs cas, la norme étant plutôt de huit semaines. Si nous, Québécois, nous occupions nous-mêmes de produire ces attestations, les délais seraient grandement réduits, et on diminuerait le stress lié à l’attente.

Par ailleurs, les Québécois ne sont-ils pas aussi aptes que les Français à juger de la compétence linguistique des nouveaux arrivants? Après tout, c’est au Québec et non en France que ces gens aspirent à vivre!

Je suis tout à fait d’accord que les immigrants soient obligés de parler français. Je pense que cela favorise leur intégration à la société québécoise et la pérennité de notre culture. Cependant, je pense que le TEF peut avoir pour effet de dégoûter les immigrants du français plutôt que de le leur faire aimer. Selon moi, un test trop difficile, peu adapté à la diversité du public à qui il s’adresse et assorti d’interminables délais envoie aux candidats le message qu’ils ne sont pas les bienvenus chez nous…

Christine Vallée-Vachon

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